Texte
Catherine David
Photographies
Josée Lecompte

Le Babes Ride Out East Coast a eu lieu du 27 au 30 mai dernier à Narrowsburg à la frontière des états de New York et de la Pennsylvanie. Plus de 300 filles s’y sont rencontrées, dont 9 filles de Montréal et 1 fille de Québec, avec 8 bikes et un Ford Bronco monté sur du 31 pouces. Elles n’ont pas eu peur de braver le manque d’expérience sur les longues distances, les intempéries et les pépins mécaniques pour participer à cette édition East Coast de l’événement féminin le plus en vue de la communauté moto.

LE DÉPART

8h30. C’est au Café Jeanne d’Arc qu’on se donne rendez-vous pour le grand départ. Lors de notre ride préparatoire on avait conclu qu’une bonne révision de nos transports s’imposait. On a donc tout fait pour mettre nos bikes en shape pour le jour «Babes». Malgré nos efforts, on a négligé un facteur important : de la mécanique, c’est pas toujours fiable. Julie, la mécano, arrive au café avec la GL500 de son chum, il lui manquait juste un tout petit peu de temps encore pour finir la sienne. À 10h, c’est Manue qui troque sa vieille CB750 ’74 contre le Sportster de son son homme, la sienne coule l’essence par l’un des carburateurs. À 10h45, Manon manque toujours à l’appel. Elle doit changer de batterie. À midi, quand on pense enfin que c’est le départ, c’est ma Nightster qui ne démarre pas. Une batterie neuve pourtant?! Jeeeeeeeez, c’est la panique. La terreur dans mes yeux et j’ai pas de chum pour échanger de monture. Julie et Phil, le proprio du café, viennent jeter un œil. Problème tout simple, la bolt du positif est lousse! Ce qui a de bien de partir d’un café moto friendly, c’est que le gars derrière le comptoir a les bons outils pas loin. Je suis sauvée!Oneland-BabesRideOut-8

ROULER EN GROUPE

Partir en groupe de 10 c’est vachement agréable, mais c’est aussi très long. On traverse les lignes à 15h30. On descend la 30, magnifique et sinueuse, sous le soleil et sous la pluie. Et c’est seulement à 22h30, après avoir cherché notre chemin dans la nuit, que, victorieuses, on franchit l’entrée du camping Moffitt Beach à Speculator. Aux abords du Sacandaga Lake, notre emplacement est magnifique, dommage que notre séjour y soit si court.

BABES RIDE OUT, HERE WE ARE

Le lendemain matin, Dana et moi sommes déjà prêtes comme deux jeannettes. On se détache du groupe et on part en direction de Narrowsburg en éclaireuses. 6 heures de routes parfaites et de moments de grâce plus tard, nous y voilà! J’ai la larme à l’œil tellement je suis émue, ça fait des semaines que j’en rêve. Fierté. Sentiment d’accomplissement. Excitation. Bonheur. Fatigue. Tout ça mélangé. Manuella et Josée dans le Bronco suivent de peu. Le reste du groupe arrivera tard dans la nuit : problèmes mécaniques répétitifs pour Manon, erreur d’itinéraire, gros temps, les filles ne l’ont pas eu facile. On les voit arriver au loin et on les accueille en championnes. Dana saute sur sa monture pour les guider vers notre campement, Manuella brandit l’énorme drapeau en courant à leur rencontre, de la bière au frette et les tentes déjà montées. Fierté. Sentiment d’accomplissement. Excitation. Bonheur. Fatigue. Tout ça mélangé. Le reste de la soirée, ça se passe dans la grange à faire connaissance avec les autres filles et à boire des shots de Sailor Jerry avec des girls déjà très avancées en alcool, devant l’immense enseigne lumineuse du Babes ride out.

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SLOW RACE

Samedi matin, tout le monde a la pêche, sauf une qui a une sale gueule de bois. Surexcitée, elle a multiplié les levés du coude la veille. Yolo style. Je tairai son nom par risque de représailles. Elle réussit quand même à manger le pire déjeuner de notre séjour qu’elle vomit néanmoins 10 minutes plus tard dans le bosquet à côté de sa Harley. Le reste de la journée, ça chill sous les chutes pour certaines, ça roule et flagosse pour les autres. En fin d’après-midi, on se rejoint pour la slow race où Ines et Julie sont les fières représentantes de la communauté francophone d’Amérique.

NUIT FOLLE

Le soir, on mange trop de tacos au food truck, 3 d’entre nous se font faire des tattoos à 20$, on boit de la 805 sans (trop) compter et on danse et chante en choeur «Sweet child o’ mine» avec un groupe de filles hommage à Guns N’ Roses pas toujours sur la note. Pour être franche, c’est plutôt ordinaire comme band, mais on est tellement bien dans le moment, qu’on s’en fout royalement.

UN DIMANCHE À LA CAMPAGNE

Le lendemain, c’est avec surprise qu’on constate que le camp se vide à vitesse grand V. La menace de pluie le lendemain? Envie folle de se coller sur son homme/sa femme? Tannez de suer sous les boules (il fait 42 au soleil quand même)? Indigestion de tacos? Allez savoir! Ça ne nous mine pas pour autant. On en profite pour se remettre en selle et faire un pèlerinage à Bethel sur le site du légendaire Festival Woodstock.

Sur le chemin du retour, c’est en voulant aller se rafraichir sous les chutes qu’on rencontre une chèvre. Avec sa cloche pis toute. Comme ça au milieu de la route. Voulant la sortir du chemin, Julie oublie de mettre son stand en débarquant, le bike lui tombe dessus. Bêtement. Juste comme ça. L’entaille est profonde. Pendant que la mécano se fait faire des points de suture, je descends la rivière sur une trip en 8 à l’effigie du drapeau des States avec Ines qui porte fièrement le maillot Budweiser (il y a juste elle qui peut porter ça avec classe). Rivière à fort courant d’ailleurs que l’on doit remonter tant bien que mal à pied/nage/essaie-n’importe-quoi-pourvu-qu’on-avance. On prend le reste de l’après-midi pour pratiquer la slow race entre nous (petite pensée au passage à la généreuse Édith qui tenait le drapeau sous un soleil de plomb). C’est aussi là que je me rends compte que faire de la moto en short, c’est cave. Mon mollet est marqué par mes pipes. Ce soir on écoute Ghostbuster dans la grange pendant que Vénus chill autour du feu avec les filles du terrain voisin.

Babes Ride Out East Coast, Onelandmag

PARCE QU’IL FAUT BIEN REVENIR

Le retour se fait en trois groupes : celles qui veulent dormir à la maison, celles qui veulent étirer l’aventure en faisant un dernier arrêt au mythique Tail O’ the Pup dans les Adirondacks et Manon qui veut partir solo vers New York. Moi, je suis de celles qui veulent se payer un dernier feu de camp avant de revenir aux cônes oranges de la ville.

Je mentirais si je disais que cette édition East Coast 2016 était parfaite. Camping trop vaste pour le nombre de filles, band de musique ordinaire, manque d’activités de groupe, mais l’édition East Coast se bonifiera d’année en année, car tout le potentiel y est. Pendant ce long week-end, nous avons eu la chance de côtoyer des femmes extraordinaires, de partager des moments forts et authentiques et de rouler avec des passionnées. C’est tout ce qui compte. On revient toutes le corps lourd et la tête légère. Cette aventure a eu quelque chose d’unique et précieux. Peut-être par le fait que nous ne nous connaissions pas vraiment avant de partir ou parce que c’était pour la plupart d’entre nous notre plus long voyage sur deux roues? Peut-être la rencontre de 300 femmes réunies autour d’une passion commune ? Tout ça? Une chose est sûre, ces 1540 kilomètres resteront longtemps gravés dans notre mémoire. Longue vie au East Coast!

Babes Ride Out East Coast

MENTIONS

Étoile de la ride: Ines, la rookie sur le 6A. Elle a déjà plus de millage que bien des motards du grand Montréal qui ont plus de photos Instagram à leur compteur que de kilomètres.

Mention spéciale : Josée, la photographe, enceinte de 6 mois qui a enduré le manque de sommeil et de nourriture sans perdre le sourire. Respect.

À améliorer : Les parkings de groupe! On est loin de se corder bien serré comme dans les Meet & Greet. C’est le chaos le plus total. C’est à croire qu’on a laissé notre savoir-vivre sous le viaduc Van Horne. Gênant.

*** Un merci spécial à Brixton.***

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