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Moto Solo – Partie 1: s’extirper de son quotidien

TEXTE ET PHOTOS : ALEXANDRE MÉTIER

1 de 4. Suivez les aventures Moto Solo, tous les mardis du mois d’avril. 

2h du mat et je n’arrive pas à dormir. Mais qu’est-ce que je fous là. Un train de marchandise fait trembler les murs de ma chambre. Mon avion ayant atterri à Phoenix trop tard ce soir, je me retrouve dans le motel le plus cheap et le plus proche de l’aéroport. Ça sent les draps javellisés et la clope froide. L’aventure n’aime pas le luxe.

J’ai quitté Montréal hier matin : ciel bleu glacial de février, un pied de neige bordant les trottoirs. Je réalise que dans quelques heures je vais m’embarquer dans une aventure qui me dépasse: dix jours de roadtrip moto en solo à travers l’Arizona. Sur papier ça fait rêver, mais… Mais ça fait seulement sept mois que j’ai mon permis et six mois que je me suis cassé la clavicule avec la moto de mon frère en forêt. Un vrai champion… J’en mène pas large.

Et puis il y a trois semaines, je me suis fait virer d’une grande entreprise comme 500 de mes collègues (merci patron). J’ai pris mes billets d’avion il y a 10 jours sur un coup de tête et j’ai loué la dernière moto disponible (une BMW GS 650 pour ceux que ça intéresse). Le loueur devait me fournir l’itinéraire et les points d’intérêts, mais le gars qui gérait ça a quitté la compagnie avec toutes les infos. J’ai donc dû boucler mon itinéraire sur Google Map trois jours avant le départ. J’ai uniquement réservé un motel à Sedona en fin de parcours. Pour le reste, je vais improviser. L’aventure commence avec un plan qu’on ne tiendra pas anyway: no plan is a good plan.

J’ai juste envie de crisser mon camp, prendre la route et rouler tout droit sans me retourner. Juste envie de m’extirper d’un quotidien qui use l’âme. Besoin de perdre mes repères, de me perdre pour mieux me retrouver.

Après une courte nuit, ça y est, je suis devant cette moto inconnue à me demander comment je vais m’y prendre pour y accrocher mon sac à dos. Celui-là est de toutes mes aventures depuis plus de 20 ans. Ses 70L contiennent tout le matériel pour mon voyage: ma tente, mon tapis, mon sleeping, mon réchaud, mes gants et mon casque de moto, ma pharmacie, mon déo, ma brosse à dents, un livre et quelques vêtements (mais pas trop). L’aventure aime la simplicité.

Je suis seul sur le stationnement et le loueur m’observe du coin de l’oeil depuis son bureau. Je vais charger mon stock comme si j’avais fait ca toute ma vie avec le semblant de confiance qu’il me reste à cet instant.

La moto est prête, pas moi.

Je monte dessus, la démarre et programme le GPS pour sortir de Phoenix. C’est parti, direction la ville de Globe, à une centaine de kilomètres à l’Est.

Premières sensations crispé au guidon : le moteur est souple (comme dans «pas nerveux») et le banc est très confortable. Ça va le faire. Je commence à me détendre à mesure que je quitte la ville. Il faudra bien que je m’arrête pour manger et mettre du gaz, mais pour l’instant je profite. Je roule. Je largue les amarres. Le voyage commence !

Je ne le sais pas encore, mais je reviendrai à mon point de départ 10 jours plus tard, reconnecté à moi-même, riche d’aventures et de rencontres inoubliables.


1 de 4. Suivez les aventures Moto Solo d’Alexandre Métier, tous les mardis du mois d’avril.