Encore un peu étourdis de la Tail of the Dragon, on roule vers l’est. On roule longtemps. 1000 km de ligne droite. Ça nous donne beaucoup de temps de pour penser au surf. On est loin d’être des pros. Marjorie n’en a jamais fait, pis moi j’ai une journée d’expérience sur des vagues de 2 pieds. La planche, c’est juste un prétexte pour passer une couple de jours sur la beach.

On ride sous le soleil. Un gros 33 degrés, avec tout le gear: manteau, pantalon, botte, full face. On cherche encore des zipper à ouvrir quand tout à coup: « Des dauphins! Ian! Des dauphins! As-tu vu, il y a des dauphins! » Se faire souhaiter la bienvenue par deux dauphins, on n’en demandait pas tant. Je pense que ça va être un beau trip Cap Hatteras.

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Cap Hatteras c’est 50 miles de pointe de sable. Il y a du surf partout le long de la côte. Les meilleurs spots sont au bout de la pointe, où l’on va. On choisit le Outer Banks Motel, Buxton North Carolina. On croyait que c’était touristique Cap Hatteras. Je pensais qu’il y aurait le boardwalk, des commerces, des stands sur la beach. Non. C’est quasi-désert. Une couple de restos, un surf shop, un dépanneur. Le reste, c’est des maisons sur pilotis. That’s it.

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Leçon de surf
On saute dans nos sandales, direction surf shop. En moins de deux, on se booke une session pour 9h demain matin. On s’achète des délicieuses bières en passant et on va jeter un coup d’œil aux vagues. Shiiiiitttttt! Les vagues sont plus hautes que nous autres! On sent le petit rire nerveux quand on se dit : « Euh…cool! »

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6h, pas capable de dormir. Beaucoup trop excité! On a rendez-vous avec Jahfar au surf shop. Il arrive en pick-up. 16 ans, nu-pied, cheveux blonds bouclés, bronzé. Il est parfait. Ce gars est clairement né sur une planche de surf. Jahfar est un homme de peu de mots. Il nous montre la position à adopter sur la planche en deux secondes et on se garroche tout de suite dans l’eau. Paddle, paddle, paddle… Marjorie demande à Jahfar c’est quand le bon moment pour se lever. « You will feel it ».

On ne la jamais vraiment feel it. Une heure de gros fun, mais là on est à bout. Pour surfer, faut être beaucoup plus en shape qu’on s’imaginait. Demain on se loue une planche et on essaye à notre beat. Jahfar est ben cool, mais ce n’est pas le prof de l’année.

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Le vrai sens du mot liberté
On en profite pour retourner à l’hôtel par la plage qui va à perte de vue. Pendant de longues sections, pas un chat. Pas de chat, mais des crabes en masse. Des mini crabes semi-transparents qui se creusent un petit trou dans le sable. Il y en a tellement qu’on dirait que le sable bouge devant toi. Des heures de plaisir juste à les regarder courir de côté.

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Ce soir, on a le goût de rêver. On embarque sur le bike pour aller faire le tour du village et regarder les maisons. On y va free spirit. Casque, short, gougoune et t-shirt. Living on the edge! On sent l’air chaud nous fouetter la peau. L’odeur de la mer nous entre dans le nez. De vrais surfs bums sur deux roues, malgré le full face pis notre gros bike de brousse.

On arrête souper dans un pub au nom très inspirant : Pangea Taverne. On s’installe sur la terrasse et je me lance dans le menu bière. Local craft beer. À côté de nous il y a un couple dans la cinquantaine. La femme trop pimpé, l’homme trop bronzé. La femme parle au cellulaire à la table et Bob voit que j’hésite devant le grand choix de bière. Il me conseille une IPA de la région. Un excellent choix Bob. Merci!

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On a parlé de tout et de rien avec lui pendant la moitié du souper. Elle, toujours en conversation sur son cell. Bob nous parle de requin. Il nous dit qu’il y a eu 5 attaques de requin dans les dernières semaines en Caroline du Nord. Demain, on surfe pareil. De retour au motel après cette belle soirée, Marjorie me déclare: « Si tu n’as jamais roulé en moto sans brassière, tu ne peux pas comprendre le vrai sens du mot LIBERTÉ ! »

Surf session
Une bonne nuit de sommeil et on se sent top shape pour le surf. Au surf shop, Jahfar est en arrière de la caisse. Son conseil du jour: « Today, the wind will be your worst enemy ». Il nous donne la même planche qu’hier. Celle qui mesure un kilomètre de long.

Il y a 20 minutes de marche entre le surf shop et la plage. Je demande à Jahfar s’il livre. Non, mais on a ce qu’il faut pour l’attacher sur le top de ton char…sauf qu’on est en moto. On part donc avec notre planche en dessous du bras direction surf spot.

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Les vagues sont gigantesques! Je me lance en premier. Juste passer le break, je suis déjà brûlé. J’essaye tant bien que mal, mais ce n’est pas un grand succès. Ça doit être à cause du vent… Je laisse la planche à Marjorie. Pas un grand succès non plus. On alterne comme ça toute la journée. On s’amuse à souhait. On a même réussi quelques vagues. Quelques constats: on n’apprend pas à surfer avec une formation d’une heure. Quelques sessions de push-up par semaine ça aiderait surement.

Demain, on quitte déjà. Pour sa beach avec ses milliers de crabes et ses coquillages colorés. Pour sa beauté. Pour sa simplicité. Pour son odeur. Cap Hatteras, c’est le paradis. C’est un endroit parfait pour louer une maison sur le bord de la mer pour un trip de gang. On va essayer de se mettre chum avec un vrai surfer et on va l’amener avec nous la prochaine fois.

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Retour kitsch
On part vers le nord direction Montréal. On en profite pour longer la côte est. En traversant les villes touristiques de la Virginie, on sa tape dans les mains d’avoir choisi Cap Hatteras. Les tours à condos et les mégas hôtels s’alignent les l’un après les autres. Il y a du monde partout. Un autre monde. On traverse le Lucius J. Kellam Jr Bridge-Tunel entre la Virginie et le Delaware. D’une longueur de 37 km, le pont passe sous l’eau en se transformant en tunnel à quelques reprises. Il est considéré comme l’un des plus longs ponts du monde.

Sur un coup de tête, on décide d’aller coucher à Wildwood. Ici, tout s’est arrêté en 1982. Le kitsch des années 80 est partout. Un boardwalk interminable avec des manèges à tous les 500 pieds. Des vendeurs de gogosses, des crèmeries, des pizzas, des beignes, un petit train qui est toujours dans les jambes. On est loin de Cap Hatteras. On choisit le Beach Terrace Motor Inn. Aux couleurs de Miami Vice avec sa vue sur une piste de Go Kart. On passe la soirée sur le boardwalk, on mange un délicieux cornet en essayant de ne pas se faire frapper par le petit train et on finit ça dans notre chambre en écoutant du Corey Hart.

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La fin d’une aventure
Au retour, deux jours d’autoroutes en silence. Les panoramas de la Blue Ridge Parkway, les 318 courbes de la Tail of The Dragon, les vagues de Cap Haterras dans l’coeur… Tout ça reste gravé dans notre mémoire à tout jamais. J’ai un drôle de feeling. Hâte de retrouver mon chez nous, mais déjà hâte de repartir pour un autre roadtrip. Je sais que je vais être un peu dépressif pour quelques jours. Le roadtrip c’est une drogue. Ça te donne un high incroyable, mais c’est toujours suivi d’un down au retour. C’est pourquoi ça te prend toujours un autre projet… « Marjorie, Terre-Neuve, ça te tente? »

« Terre-Neuve? Tellement! »

On sent déjà le prochain high…

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