Après 750 kilomètres à serpenter les sommets des Appalaches avec la Blue Ridge Parkway, il est maintenant temps de trouver un endroit pour passer la nuit. Mais on a rien prévu. Tout ce qu’on sait c’est que demain, on s’attaque à la Tail of The Dragon.

C’est en regardant Google Map autour d’un café que l’on décide que Cherokee sera notre ville d’accueil pour la nuit. Une réserve amérindienne de la Caroline du Nord. Il y a des motels et des restos, c’est tout ce qu’on a besoin de savoir. Il y a une rue principale avec des kiosques souvenirs où ils vendent des mocassins et des dreamcatchers. Ici, ça sent le gaz. Pas d’alcool en vente nulle part. Ils n’ont pas le droit, sauf au Casino. Pis c’est pas vrai que je vais aller gambler pour boire une Bud ! On s’est pitché dans la rivière à place. Un autre genre de rafraîchissement. Je me mets en mode Tail of The Dragon. Je regarde la météo pour demain… de la pluie. D’la marde, on s’en va se coucher. On verra demain.

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Tennesse, why not?
En me réveillant, j’ai un flash. De l’autre côté de la montagne, c’est le Tennessee. « Marjorie ? Une journée à Knoxville, ça te tente ? » « Ben tellement ! » Je sais. Je suis un gars chanceux. Avec elle, c’est toujours simple. Direction Knoxville, Tennessee pour un petit 24 heures. Pour s’y rendre, il faut traverser les Great Smoky Mountains. Même sous la pluie, c’est magnifique. On roule sous un constant brouillard juste au-dessus de nos têtes. De là le nom Smoky, j’imagine.

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En arrivant au Tennessee, on croise deux villages : Gatlinburg et Pigeon Forge. Je ne sais pas comment vous expliquer ça… c’est un wannabe-Vega, ou une version cheap de Disneyland ! Mais y a de l’action et surtout des bars et des restaurants pis de la bière. Les hôtels thématiques s’enfilent les uns après les autres. King Kong grandeur réelle et perché sur un gratte-ciel. Des mini-pots avec des dinosaures qui crachent du feu et des volcans en éruption… Voyez le genre ? On finit par comprendre qu’on est à Dollywood. Un parc d’attractions qui appartient à nul autre que Dolly Parton!Knoxville4

Knoxville est cool. Beau centre-ville, une place centrale entourée par des terrasses qu’on fait toutes. Une pause qui tombe à point après cinq grosses journées de ride. Le soleil vient de sortir. Sur le toit du Preservation Pub, on s’enfile une couple de délicieuse American pale ale. On est heureux. Je surprends Marjorie avec les larmes aux yeux. C’est peut-être à cause des enfants en couche qui jouent dans la fontaine d’eau, mais j’aime croire que c’est juste parce qu’elle est trop heureuse d’être là, avec moi.

On attaque le Dragon
Au matin, on se lève : gros soleil. Ça y est, c’est aujourd’hui que ça se passe. Je suis nerveux. Ça fait tellement longtemps que je veux faire la Tail of the Dragon. Je vais être déçu? Ça ne peut pas être aussi intense que dans ma tête, non?! La Tail c’est un tronçon de 11 miles (18 kilomètres) qui traverse les montagnes. Sur ces 11 miles, il y a 318 courbes. Je répète : 318 courbes en 11 miles. Comprenez mon excitation?

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À l’entrée officielle de la route, du côté Est, il y a des boutiques, un restaurent et un petit motel qui indique le point de départ. Mais nous on arrive de l’Ouest. Aucune idée d’où il est le début. Après avoir fait le tour d’un lac sur la route US129, j’aperçois une pancarte jaune avec une flèche en zigzag. Le panneau en losange qui annonce qu’une série de courbes s’en vient. Dessous, il est écrit : Next 11 miles. C’est là! La Tail of the Dragon! Je ressens un frisson me monter de la pédale de break jusqu’au bout de mes doigts. C’est un mélange d’excitation et de peur. Surtout quand on sait que plusieurs personnes par année n’en sortent pas vivante (ce bout-là, je ne l’ai pas dit ni à ma blonde, ni à ma belle-mère).

Courbe après courbe, en montée, en descente, c’est de l’adrénaline pure. La route ne fait pas que tourner, elle se tortille. Tout ça en plein milieu du bois, à flanc de montagne. Même si on est deux sur la GS avec trois valises remplies, on tricote les 318 courbes comme des champions. On fait même des flammèches!

318 raisons de s’en souvenir
En arrivant à la fin, au grand désespoir de ma blonde, je lève les bras dans les airs, je crie. Aucune déception, c’est même encore plus intense que je me l’étais imaginée. En fait, c’est juste clairement malade. J’espère juste être capable de me souvenir indéfiniment de ce grisant feeling. Bonne nouvelle, on peut avoir des images de nous en pleine action. Sur la route, il y a des photographes professionnels installés dans les courbes à 4 endroits stratégiques. Ils prennent des clichés de tous ceux qui passent et les rendent disponibles sur un site web. Un $20 US bien investit.

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Le setup du côté Est de la Tail est incroyable. Il y a des motos partout. Les stationnements du motel et des boutiques sont pleins à craquer. Du côté du motel, il y a aussi l’incontournable « Tree of Shame.» Un gros arbre où les gens qui se plantent sur la route accrochent une pièce de leur moto dans l’arbre. J’imagine que c’est comme une fierté de se planter ici. Et d’en survivre…

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On s’achète une pin Dragon US129 qu’on porte fièrement sur notre manteau. C’est quétaine, je sais, mais je sens que je viens d’accomplir quelque chose de grand et j’ai besoin d’en ramener des morceaux à la maison.

Un roadtrip jusqu’à l’océan
Bon. Maintenant on fait quoi ? On vient de se taper la Blue Ridge Parkway et les 318 courbes de la US129. On n’a pas planifié la suite. On est à 1800 kilomètres de chez nous et il nous reste encore 7 jours. J’ouvre la map. Je regarde vers l’est : L’Atlantique. Je vois Cap Hatteras… C’est à 1000 km d’autoroute.

On ne se pose même pas la question, on rembarque sur la BMW. On roule vers l’est, ça sent déjà la beach.

**Le premier texte de la série Skyline et Océan est ici: Blue Ridge Parkway**