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The Boston Massacre

TEXTE ET PHOTOS : Le Steak

Il y a des trucs qu’on voit en traînant sur Facebook, comme cette ride, The Boston Massacre.  Il y avait pas beaucoup d’activité sur la page de l’événement: un organisateur qui trip fort et pas beaucoup de vie autour de ses posts. Je clique intéressé, sans plus.  À quelques jours de l’évènement, il annonce vraiment beau, j’ai pas mes filles ce week-end. J’envoie plusieurs invitations aux gens autour de moi, j’ai le feeling que la vibe va être bonne, mais personne de disponible.  Je cogite ça… Bah…  M’a y aller tout seul! Mon bike est top, mon anglais semi-fonctionnel, puis s’il y a de quoi, j’ai ma carte de crédit pis mes jointures.

Préparation et départ

C’est un long congé. Après avoir pris contact avec l’organisateur, je sais que je dois me rendre à Rochester, dans le fin fond du New Hampshire, soit 460 kilomètres de Montréal. J’ai déjà fait cette route en voiture pour Boston il y a quelques années, j’ai des souvenirs de Whites Mountains, je sais que les paysages sont splendides, alors j’opte pour m’y rendre en traversant la frontière par Stanstead près de Magog, au lieu de rouler le Vermont. Après tout, le New Hampshire, c’est pas de casque!

Je prépare l’artillerie lourde, un papa monoparental on the road, ça voyage low budget. Sleeping -40 (trop gros), tente pour 4 (trop grosse), une glacière molle qui rentre dans une sacoche, 2 sets de linge de rechange, un brûleur, une poêle, j’ai même mes moulins à sel de mer et à poivre. Après tout, je suis en congé 4 jours, j’ai rien à l’agenda si ce n’est que de me rendre au Massacre. J’ai la sissy bar bien loadé, un binder, 4 ou 5 swings. Une bonne dizaine de tie-wraps plus tard, ça tient, alors, en route!

La route

Après 30 minutes d’attente aux douanes, j’ai vraiment chaud entre les jambes. C’est beau le tape sur les exaust, mais les coupes chaleurs finalement ça sert à de quoi. Ça fini par être mon tour: l’important, je pense, c’est de pas dire que je m’en vais répéter le massacre de Boston… Ça se passe bien malgré mes ‘’low skills english’’.  Je repars direction Littletown, la ville d’entrée pour le New Hampshire, acheter du gaz en gallon, des clopes qui font tousser puis enlever mon full head.

Rouler pas de casque, c’est mythique. Au Québec, selon mes recherches, la loi sur le port du casque obligatoire est arrivée en 1973 pour l’île de Montréal, la province ayant emboîté le pas l’année suivante.  Je n’étais pas né, donc l’enthousiasme de vivre l’expérience est bien présent. Dans l’immensité des montagnes, 1450 pouces cubes sous la ceinture, je suis en contemplation. Le son des pneus qui embrasse l’asphalte, la caresse du vent sur mon front qui allonge chaque année, je suis en transe. Mon odomètre est en miles, je file à 80/85, j’ai même pas la tâche intellectuelle de conversion à faire. Easy. J’ai mon itinéraire en tête, pas de GPS, 2 ou 3 numéros de rue à retenir.  Humilité devant l’immensité, V-twin méditation et questionnement… Je m’en vais voir qui au juste?

Mickael Bourgeois

Le Dude

Mickael Bourgeois, alias Hamburger Mike ou New Hampshire Mike, ça dépend où tu te trouves. C’est le gars qui organise ça. C’est la cinquième édition cette année. Jamais de date fixe. Cette année, il s’est décidé un matin assis sur les toilettes que ce serait la fin de semaine de sa fête. Il a cherché un camping pour ceux qui venaient de loin, il n’en a pas trouvé, il nous invite donc chez lui à camper dans sa cour. J’arrive le premier, il est avec sa femme, son buddy et l’épouse de ce dernier.

Mike c’est le gars avec les tattoos LIVE FREE OR DIE sur les doigts… Oui, ça rentre… «J’espère que tu n’as pas apporté de bières, j’en ai acheté 72, et ma femme veut pas qu’il en reste demain. Et j’ai un cadeau pour toi. Tu es celui qui remporte le prix pour être venu de la ville la plus lointaine» Je vous traduis ça à peu près, moi dans une phrase en anglais, je comprends 5 mots sur 7 environ, puis il y avait plusieurs fuck aussi.  Les quatre s’assurent de mon confort. Son pote  ressemble à Papineau dans Henri pis sa gang, j’ai vraiment aucune idée de ce qu’il me jase, mais il a un Harley de police et un rat bike, puis il trippe sur mon Springner, on est des chums.

Les boys commencent à arriver d’un peu partout. Mike attend 10/12 motos pour ce soir. Il n’a pas tort. Les motos arrivent par petits groupes, les gars se connaissent un peu tous des différents évènements du coin; ils se sont donné des rendez-vous ici et là pour converger vers Richemond. Le BBQ boucane, Mike fait des shorts ribs pour ses invités, il n’y a qu’une consigne, buvez en masse, car vous allez très mal dormir. On va être combien Mike? I don’t know! La première année on était 3, plus 4 autres gars qu’on a croisé qui ont roulé avec nous. Il y a 2 ans on était 120.

Miracle of Science

Le réveil se passe pour la plupart vers les 7h30, on roule nos tentes, tous un peu éméchés. On repassera pour le sommeil récupérateur. La route devant est vraiment passante, de jour comme de nuit. On attend quelques riders locaux, peut-être une dizaine de plus, pour la balade qui nous mènera au lieu de rencontre du Massacre. Le départ est donné pour près de 3 heures de back road. Mike mène en avant, ça roule serré comme j’aime. Les gars font leurs signaux, bloquent les routes aux stops, et tout le monde porte un casque. Les bikes sont bruyants! Visiblement on est pas assujetti aux mêmes lois que chez nous. On doit arrêter gazer souvent, les tanks peanuts c’est juste beau, je crois.

Vient le temps ou on arrive au réputé Miracle of Science, élu, je ne sais par quelle tribune, comme préparant le meilleur burger de Boston. Il y a déjà une soixantaine de motos de stationnée dans la ruelle, devant la fabrique des bonbons Totty Rolls. Hamburger Mike est donc doublement content. Certains bikes ont fait les magazines, il y a des beautés surréelles. Quelques bières, une belle camaraderie, les gens de la scène locale incluant le Vermont et le Maine se connaissent tous visiblement. L’ambiance est chaleureuse, et on prend soin de ce gars qui parle bizarre qui vient du Canada. You know Justin from Sherbrooke? He was here last year… C’était le Frenchy de l’an dernier, il avait gagné un tank à gaz qu’il pouvait pas ramener sur son chopper.

Engine on!

Le premier moteur ronronne. Les autres démarrent dans une cacophonie. Mike envoie 4 racers en premier et suit. Superbe travail pour bloquer les rues, c’est parti pour 2h de bonheur dans Boston. La ville est immense, les automobilistes et les policiers courtois. L’organisation et la sécurité: chapeau! C’est vraiment hallucinant, simplement suivre et découvrir la ville. Il y a même un pick-up avec une remorque pour les motos qui tombent en panne. La grande classe. Les bikers sont disciplinés. Ça passe définitivement trop vite, on est déjà rendu à l’autre brasserie… c’est fini pour la ride.

Le party est pas loin de pogner dans la place. Beaucoup de bières, il fait chaud. Les participants sont contents. Mike à une impressionnante collection de cadeaux à faire tirer grâce à ses commanditaires. Pour ma part, je repars avec 2 bidons d’essence et un t-shirt que vous avez pas fini de voir… 2XL, le seul qui me pète pas sur le dos, vive les Américains! 

Les invitations pour l’après-party pleuvent, y a de la place pour crasher, don’t care! Mon hic, la météo. J’avais prévu un scénario où je remontais le dimanche, un autre le lundi. Mais la pluie devait être au rendez-vous dans toute la région le lendemain . Me coucher paqueté, me relever encore paqueté, rouler ma tente sous la pluie, et me taper plus de 500km mouillé, bof. Alors on fait quoi dans ce temps-là? On tank, puis on attaque les White Montains de soir en repensant à tout ce qu’on vient de vivre, aux nouveaux buddies qu’on s’est faits et qu’on souhaite revoir plus tard dans la saison.  S’improviser un dossier de fortune, faire un salut aux boys et tordre la poignée à 85mph et la barré là en rentrant dans le tunnel sous Boston, me revoilà reparti. 

Le Boston Massacre, c’est une grande ride, voire un pèlerinage vers lequel la scène québécoise devrait converger. L’hospitalité locale, la qualité des routes, le paysage et surtout la grande classe de l’organisation valent vraiment le détour. Je recommande grandement. 

Et en passant, c’est très froid les montagnes le soir…