Author

collaborateur externe

Browsing

Texte: Raphaël Gaspard
Photo d’entête: Max Vannienschoot

Il y a peu de moyen de transport qui offre autant de liberté et de pur bonheur qu’une moto. Le vent dans la face, le paysage qui se déroule à l’horizon et le moteur qui gronde, c’est une recette pour moments parfaits. 

C’est un univers qui peut rester intimidant et il est facile de ne pas savoir par ou commencer et de remettre à plus tard le rêve de rouler en moto. Il existe déjà un bon nombre d’articles couvrant les points importants à considérer avant de passer à l’action. Je voulais plutôt donner la parole à trois personnes inspirantes qui représentent, à leur façon, l’évolution du monde de la moto au Québec qui a beaucoup changé, et pour le mieux. 

Annie Martel

Parle un peu de toi?

Humm que dire de moi…mes parents diraient que je suis un enfant spécial, mon chum que je suis « fofolle » dans le bon sens, mais pour ma part, je me décris comme une passionnée, intense dans tout ce j’entreprends.  Ancienne fille de radio (pendant 14 ans), amenez-moi des projets et des idées saugrenues…j’aime les défis! Directrice marketing pour Léo Harley-Davidson depuis bientôt 6 ans, animatrice de la websérie On jase moto, collaboratrice Chicks And Machines et rédactrice pour le magazine Vivre à la Campagne, j’aime me tenir occupée!  Avec tout ça, on a quand même le temps de rider environ 16 000 kilomètres par saison de moto. 

Si tu avais un conseil à donner à la jeune Annie qui débute sa première saison, ça serait quoi?

Entoure toi de gens expérimentés qui pourront bien te conseiller. Ensuite…roule, roule et roule encore pour prendre de l’assurance. 

3 caractéristiques à considérer avant l’achat de ta première moto?

La première des choses, s’asseoir dessus pour voir si on touche par terre! haha (expérience de fille mesurant 4.11 qui a acheté un motocross avant de l’avoir essayé)

Plus sérieusement, n’écoute pas trop les conseils de tes amis pour faire ton choix.  Tu n’es pas obligé d’avoir la même marque et le même style de moto d’eux pour faire partie de la gang. Écoute ton coeur…et ton portefeuille.

Oui il y a le look de la moto, mais la première question à te poser, quel type de trip veux-tu vivre en moto?  Veux-tu voyager ou simplement te promener en ville.  La réponse à cette question peut influencer le choix de ta moto.

Le monde de la moto, tu l’as vu évolué comment ces dernières années?

Dans les dernières années, les habitudes et les mentalités ont davantage évolué. Les motocyclistes se jasent de plus en plus et ce peu importe ton allégeance à une marque (il reste encore quelques récalcitrants, mais on est sur la bonne voie). Plusieurs nouveaux motocyclistes ont insufflé un vent de fraîcheur à la communauté moto et plusieurs stéréotypes disparaissent, dont la place des femmes dans le monde de la moto. Saviez-vous que c’est au Québec que l’on retrouve le plus de femmes motocyclistes au Canada et même en Amérique du Nord. Il y a de quoi être fière!!

Charles-Élie Dumontier

Si tu avais un conseil à donner au jeune Charles-Élie qui débute sa première saison, ça serait quoi?

Have fun! Faire de la moto c’est un luxe. Achète le bike qui te fait tripper pis va rouler!!!

Les 3 caractéristiques à considérer avant l’achat de ta première moto?

Le budget. Ensuite quel en sera l’utilisation principale ( voyage, ville, etc.). Et troisièmement la puissance de la moto selon ton expérience. 

Je veux faire ma première ride de moto camping, as-tu des conseils bagages et spot à essayer?

Un bon habit de pluie c’est important, les chances sont bonnes qu’il pleuve durant un roadtrip. Un petit kit d’outil aussi c’est très pratique. Après ça je dirais de traîner le moins de bagages possible pour ne pas alourdir ton bike. De toute façon on a pas besoin de beaucoup de choses pour avoir du fun! 

Le monde de la moto au Québec, c’est quoi pour toi?

Le monde de la moto au Québec est une belle confrérie que l’on retrouve aussi partout ailleurs dans le monde pour avoir voyagé un peu.

Charles-Élie est propriétaire du garage Sheriff à Bolton Est et co-fondateur du Idle Garage & Co, un garage moto, espace DIY et café dans Villeray.

Julie Lemay

Crédit Brocante Moto, Laurence Labat

Ton parcours moto, il débute où?

J’ai eu mon permis apprenti en 2017 avec conduite accompagnée pour 1 an ou j’ai rencontré des femmes extraordinaires grâce à la communauté des Litas de Montréal. Elles m’ont bien coaché et nous avons créé notre sous groupe de moto Les Crinquées. J’ai toujours eu des Triumph et j’en suis à ma 3ème ! 

La moto est une vraie passion, qui m’a permise de rencontrer pleins de monde et de vivre des événements extraordinaires tel que les Moto Social, la Mamzelles Ride, le Babes Ride Out, la Brocante moto, Moto film fest en Abitibi, les Mammouths et j’ai même eu la chance de participer au tournage de l’émission Filles de moto. J’ai envie de m’impliquer de plus en plus dans cette communauté pour partager ma passion, continuer à voyager et vivre des aventures sur ma belle bécane !! 

Si tu avais un conseil à donner à ceux qui débutent leur première saison?

Soyez vigilants avant de partir, assurez-vous que votre moto est en bonne condition. Si possible rider avec des gens d’expériences qui peuvent vous guider. Toujours avoir avec soi un petit kit de survie moto, car on ne sait jamais quand on aura besoin d’un tournevis, de duck-tape, d’un habit de pluie ou de cordes. 

Des caractéristiques à considérer avant l’achat de ta première moto?

Considère d’abord l’usage que tu veux en faire. Route, aventure, sport? Trouve la marque et le style qui va avec ton gabarit. Pour une première moto je crois qu’une usagée est préférable afin de t’assurer que tu aimes vraiment ça. Il faut aussi prendre en compte l’achat d’équipements sécuritaires et un bon casque.

Je veux faire ma première demi-journée de moto en partant de Montréal, je vais où?

Prends la route vers la Rive-Sud direction Beloeil sur la route 116 pour suivre le bord du Richelieu à partir de St-Basile Le Grand (route 223). Passe Beloeil jusqu’à St-Antoine sur Richelieu et prends le traversier (il nous donne l’impression de voyager) qui t’amène sur l’autre rive à St-Denis sur Richelieu. Longe la route 133 Chemin des Patriotes jusqu’à la route 112 et ensuite récupère la route 116. C’est une belle balade tranquille d’environ 130 km où il y a plusieurs points de vue pour prendre des photos.

J’espère que ça va te donner le goût, et on est toujours là si tu as des questions. On se croise sur la route, le sourire étampé dans la face! 

Raphaël

TEXTE ET PHOTOS : ALEXANDRE MÉTIER

Partie 4. Fin de l’aventure d’Alex Métier.

Partie 1 : S’extirper de son quotidien.
Partie 2 : Lâcher prise.
Partie 3 : Tester ses limites.

Mes jambes tremblent, tétanisées par le froid. Je les plaque contre le réservoir pour sentir le plus possible la chaleur du moteur. Je suis parti de Sedona ce matin et après avoir rejoint Flagstaff au nord, je roule sur la Lake Mary Road. C’est le retour vers Phoenix, je boucle la boucle de mon périple. Mais je n’avais pas du tout calculé que cette route est située à plus de 2000 m d’altitude. Le ciel est neigeux, je roule sans m’arrêter au risque de geler sur place. Les poignées chauffantes ne suffiront pas à me donner le goût de prendre des photos malgré ce paysage de montagne fabuleux.

Au détour d’un virage, le pic Humphreys apparaît au loin, à l’autre bout du lac Mormon. Le soleil a réussi une percée qui illumine son sommet enneigé, majestueux. Sans relâcher l’accélérateur, cette image mentale s’est imprimée dans ma mémoire le temps d’un instant. Plus qu’une image, c’est un souvenir sensoriel: le froid, les membres engourdis, la solitude, la beauté du paysage. Je peux m’y replonger instantanément et ressentir exactement toutes ces sensations. De tels souvenirs, j’en ai accumulé quelques uns tout au long de mes dix jours de voyage. Chacun d’eux m’ont apporté leur dose de dépaysement, d’authenticité et de joie profonde. Autant de paysages traversés et de rencontres qui m’ont reconnecté à moi-même, à la vraie vie, à la vie simple. En voici trois qui m’ont marqué.

1. La rencontre avec Bob et Jim

Look de biker pour l’un, vieux hippie pour l’autre. Ils tiennent le garage Arizona Thunder à Bisbee. Des vieilles Harley s’entassent dans leur shop située dans une rue abandonnée, à quelques pas d’une mine à ciel ouvert. La veille j’étais passé à côté, par la rue principale. J’étais passé à côté de l’essentiel. Mais comme tout arrive pour une raison, un problème de chaîne détendue m’a contraint à revenir sur mes pas jusqu’au seul garage moto des environs. Le temps s’est arrêté quelque part dans les années 50 dans cette rue, en témoignent les voitures d’époque fièrement stationnées. Il fait beau et doux. J’éprouve un soulagement d’avoir trouvé ce garage, mêlé à la joie candide de me retrouver dans ce lieu intemporel. Et le plus simplement du monde, Jim me parle des spots à visiter dans les environs pendant que Bob retend ma chaîne, gratos. Je repars avec une casquette Arizona Thunder, le coeur léger et le sentiment que les gens simples et généreux rendent la vie meilleure.

2. Le silence au coeur du parc Chiricahua

Mon manque de planification m’a une fois de plus mené à un camping complet dans ce parc que je ne veux pas manquer. Situé à l’est de l’Arizona, il n’y a pas âme qui vive à moins de 50 km. Ne pas dormir ici, c’est faire l’impasse sur la randonnée que j’ai prévu le lendemain. Amer, je m’offre comme lot de consolation une ride jusqu’au sommet du parc pour admirer la vue sur les monolithes millénaires, seuls maîtres des lieux. En redescendant, je sens une vibe incroyable. Une sérénité palpable transpire de l’imposante présence de ces roches. J’arrive à la sortie du parc et je m’apprête à faire 45 minutes de route jusqu’au motel le plus proche. Mais une fois encore, je refuse de me résigner. Avec le faible réseau que j’arrive à capter, j’identifie un emplacement de camping improbable dans une vallée voisine. Après 6 km de piste bumpy (qui viendra à bout du tail de ma moto), je monte mon bivouac dans un endroit dégagé, autour d’un feu de camp. Le soleil se couche, le ciel est en feu. Et puis plus rien, le vent est tombé, il n’y a pas d’autre bruit que celui de mes acouphènes (note à moi-même: prévoir des bouchons pour les oreilles la prochaine fois). Ce silence assourdissant me plonge dans un état méditatif, en harmonie avec cette nature qui m’accueille. Je suis seul au monde, pas forcément rassuré, mais profondément libre.

3. Le nirvana sur la route 85 au nord d’Ajo

Plus à l’ouest, le temps s’est rafraîchit et j’ai essuyé mes premières averses. J’ai passé la nuit dans un motel pour me réchauffer. Au réveil, je prends la route pour une longue ride qui me mènera à Sedona. L’air est doux, les nuages se dissipent peu à peu et le soleil fait son oeuvre. Le paysage n’est pas particulièrement attrayant dans cette région mais à cet instant précis, l’atmosphère a quelque chose de poétique. La lumière douce du matin prend une teinte rosée, l’odeur de l’humidité et des plantes m’enivre. Je vis pleinement la route et pendant quelques secondes bénies, je me sens profondément heureux. Le voyage est le chemin.

Voyager à moto me fait vivre des sensations uniques que je ne retrouve avec aucun autre moyen de transport. Un pur mélange d’excitation et de liberté exacerbées par la perception des éléments naturels. Les sensations grisantes d’une accélération, la surprise d’un paysage à couper le souffle à la sortie d’un virage anodin ou simplement une ligne droite qui se perd à l’horizon n’auraient pas cette saveur si particulière sans ressentir la force des vents et la fugacité des parfums qu’il transporte, sans ressentir le soleil qui réchauffe le cuir, le froid qui engourdit les membres ou la pluie qui fouette le visage.

Mais rouler à moto, c’est aussi accepter que la moindre chute puisse être fatale. Il arrive que mon esprit se mette à vagabonder en roulant, mais la plupart du temps je me sens vulnérable. Cette prise de conscience me plonge dans un état de vigilance et de concentration qui me connecte intensément au moment présent. Quel paradoxe: c’est en étant le plus vulnérable que je me sens le plus libre et vivant.

Ce premier road trip a été pour moi une révélation: voyager à moto, seul, est avant tout une aventure intérieure dont je suis ressorti reconnecté à moi-même et à mes sensations, l’âme en paix.

Et si un jour nos chemins se croisent, ne m’en voulez pas si je me mets à vous raconter mon voyage. Vous risqueriez d’avoir, vous aussi, envie de vivre l’aventure moto solo.


Ceci conclu l’aventure d’Alex Métier. Pour revenir en arrière et redécouvrir son récit, voici les liens: 

Partie 1 : S’extirper de son quotidien.
Partie 2 : Lâcher prise.
Partie 3 : Tester ses limites.

Vous avez une histoire à raconter? Un roadtrip à partager? Des photos à faire rêver? Écrivez-nous: info@onelandmag.com.
Texte et photos : Alexandre Métier

Suivez les aventures d’Alex Métier, tous les mardis du mois d’avril. Partie 1 : S’extirper de son quotidien. Partie 2 : Lâcher prise.

Le comptoir en bois du Wagon Wheel Saloon situé à Patagonia est usé par les voyageurs égarés et assoiffés qui s’y acoudent. Je ne fais pas exception. Ma monture est garée à l’extérieure. J’ai la bouche pâteuse et l’estomac dans les talons. L’air hagard après des km balayé par le vent, j’attends avec impatience ma pinte de blonde et mon premier burger du voyage.

J’ai quitté Phoenix il y a trois jours et après avoir passé Tucson je suis maintenant à 30 km au nord de la frontière mexicaine. La vallée de Sonoita est une région de cowboys. Je roule dans un décor de western: les ranchs se succèdent, perdus au milieu de prairies vallonnées, des élevages de vaches et de chevaux piétinent une herbe grillée par le soleil, des buissons soufflés par le vent traversent la route en roulant. Si les trucks ont remplacé les chevaux, l’uniforme des cowboys croisés à la station essence n’a pas changé: santiags poussiéreuses aux pieds, blue jeans et gros ceinturon, visages brûlés par le soleil et Stetson enfoncé sur le crâne. Ici, on ne croise pas les regards: ils nous ignorent ou nous dévisagent.

Je pourrais continuer plein Est sur la route 82 jusqu’à Tombstone, étape obligatoire lors d’un roadtrip dans la région. Mais j’ai repéré un terrain de camping au bord d’un lac isolé au Sud lors d’une exploration nocturne sur Google Maps. Hier soir, j’ai dû dormir dans un motel douteux de Tucson, car le camping perdu au milieu des cactus était complet. Alors ce soir, je vais me rattraper et dormir sous les étoiles !

La route qui descend plein Sud sillonne le long d’une rivière. À ma gauche, le massif de Coronado se dessine. J’attendais avec impatience de rouler ici et de découvrir de mes propres yeux le lac Parker Canyon. Cette région isolée porte en elle la promesse d’une solitude ressourçante. Je ne suis pas déçu en découvrant cette oasis de verdure encaissée entre les collines ! Je partage le camping avec trois VR échoués sur les rives de ce lac aux allures de bout du monde. J’ai planté ma tente au pied d’un arbre, vue imprenable sur l’eau. Je viens d’envoyer un message vidéo pour donner des nouvelles à mes deux jeunes garçons. Fin d’après-midi, je bois ma Grolsch assis face au soleil rasant qui semble avoir suspendu sa course. Je m’imagine rester ici plusieurs jours à ne rien faire d’autre que de contempler le paysage. Une autre fois peut être. Je ne vais y passer qu’une nuit car demain j’ai rendez-vous avec l’aventure.

Je pourrais contourner le massif de Coronado par le Sud, mais la tentation de le traverser en empruntant la Sunnyside road est trop forte. 25 km à travers les montagnes: l’idée est aussi excitante qu’effrayante. D’après les images satellites, la route ressemble à une piste de gravel empruntée par des véhicules à quatre roues. Topologiquement, à 36 000 km d’altitude, c’est jouable. Une fois engagé dans le massif montagneux, je n’aurai plus de réseau cellulaire. Je me fais des bad trips depuis que je prépare cette traversée sauvage: la peur de chuter et de me blesser, l’angoisse d’un bris mécanique, l’hostilité de la faune locale… Et puis la jambe gauche de mon jean est tachetée d’huile. Ma moto en perd un peu depuis hier. Mais je préfère ne pas penser à tout cela…

Le soleil se lève sur le lac, chassant une superbe nuit constellée (j’ai pu m’en rendre compte en allant pisser ma bière à la fraîche). Je démonte mon bivouac et charge ma moto. Je quitte le camping encore endormi et prend la Montezuma Canyon road qui trace plein Sud vers le Mexique. Après 3 km, j’arrive à l’intersection avec la Sunnyside road. Je stationne ma moto sur le bord du chemin pour checker une dernière fois l’itinéraire et admirer le paysage. J’hésite une dernière fois et puis non, je dois tenter le coup!

Je remonte en selle, tourne à gauche et m’engage sur la piste qui fait face au massif de Coronado. Ca monte légèrement pendant 500 m avant de descendre sérieusement dans un canyon. La piste n’est plus qu’un pierrier glissant qui s’enfonce de plus en plus. Je me lève et mets tout mon poids vers l’arrière de la moto pour éviter que la roue avant dérape et me fasse chuter. La moto chauffe et je transpire à grosses gouttes sous mon casque. Misère, dans quoi je m’embarque ! J’essaie de garder mon sang froid pour négocier cette descente au ralenti. Ça passe. Fin de la descente, je roule à présent sous les arbres et très vite je fais face à une longue flaque d’eau qui prend toute la largeur du chemin. Impossible de passer sur les côtés. Je me lance et la traverse. Puis une deuxième encore plus grande.

Je n’ai pas fait 2 km sur cette piste que les choses se compliquent un peu plus : je dois maintenant traverser un ruisseau encaissé. Cette fois je m’arrête et je descends à pied pour me rendre compte de la profondeur de l’eau et choisir l’endroit où je vais passer. Ok, là ça devient intense mon affaire. Descendre dans le ruisseau c’est une chose, mais derrière ça remonte fort entre les roches et les ornières. Je me sens pris dans mon propre piège après être descendu dans le canyon et en faisant maintenant face à cet obstacle. Je prends une minute pour me calmer et je décide de tenter le coup malgré tout. Je me lance, les jambes en coton. Je descends doucement vers le ruisseau, le traverse en gardant les yeux fixés vers les roches qui m’attendent de l’autre côté. Et au moment d’aborder la montée, je cale mais j’arrive à maintenir la moto en équilibre de justesse. Je prends un grande respiration, passe la première et j’essaie de remonter mais la roue arrière patine. C’en est trop pour moi, j’abdique.

Je me laisse reculer en marche arrière dans le ruisseau, le coeur qui bat à 100 à l’heure. Je descends de la moto, les deux pieds dans l’eau pour faire demi tour. La pression de l’eau déstabilise la moto mais je parviens à manoeuvrer sans l’échapper. Je remonte dessus et je prends le chemin du retour. Un VTT passe avec quatre types à bord en me regardant d’un air méfiant, l’un d’eux pose sa main sur le revolver accroché à sa ceinture. Le sentiment de ne pas être à ma place…

Je retrouve la Montezuma Canyon road, soulagé. Je suis clairement allé au bout de mes capacités et de ma témérité. L’aventure aime l’humilité.

Mais je reviendrai ici un jour, avec une moto mieux équipée et surtout plus d’expérience en hors route!


Suivez les aventures d’Alex Métier, tous les mardis du mois d’avril. Partie 1 : S’extirper de son quotidien. Partie 2 : Lâcher prise.

 

Texte et photos : Alexandre Métier

2 de 4. Suivez les aventures Moto Solo, tous les mardis du mois d’avril. Partie 1 : S’extirper de son quotidien.

Grand ciel bleu, soleil doux, asphalte immaculé: les conditions sont idéales et je roule plein Est sur la route 60. Les centres commerciaux de la banlieue de Phoenix laissent enfin place aux premiers cactus. C’est le sourire jusqu’aux oreilles que je ride cette route qui grimpe et serpente. Les sensations sont grisantes, un dépucelage en bonne et due forme. Je passe un col et à la sortie d’une belle courbe taillée entre les roches je fais soudain face à un panorama grandiose. Première claque visuelle: au milieu d’une vaste plaine aride s’élève un dôme rocheux spectaculaire digne d’un décor de cinéma. Vision irréelle. La route descend tout droit et passe à sa gauche. Je relâche l’accélérateur en le dépassant. C’est haut, c’est beau! Fuck it! Je fais demi-tour, quitte la route et emprunte une piste sablonneuse pour voir ça de plus près. Impossible pour moi de ne pas m’arrêter pour prendre des photos.

C’est ainsi que j’expérimente mon plus grand dilemme en voyageant à moto: rouler sans m’arrêter, vivre la route en tentant d’imprimer mentalement les cartes postales que je traverse; ou briser l’euphorie d’une ride parfaite pour immortaliser ces paysages fabuleux? Rouler ou photographier? L’aventure n’aime pas les compromis.

J’arrive à Miami (l’autre), cité minière sans intérêt… ou presque. En préparant mon voyage, j’ai repéré un emplacement de camping en haut d’une colline, face aux mines à ciel ouvert. Je compte bien y monter mon premier bivouac ce soir.

Mais avant ça, je dois acheter de quoi manger et trouver un Power Pack pour charger mon cell. Premier jour et première galère avec ma moto: la plug électrique ne fonctionne déjà plus. Le GPS fourni par le loueur s’est éteint, plus de batterie. De toute façon, j’ai pas le goût de rouler les yeux rivés sur un écran. Je suis là pour me déconnecter après tout! Il est grand temps de lâcher prise. Dorénavant et pour le reste de mon voyage, je vais naviguer à vue en checkant Google Map de temps en temps.

Il est 15h, il ne me reste que 2 ou 3h avant que ce soleil d’hiver se couche derrière les collines. L’entrée de la piste qui va me mener à mon bivouac est là, quelque part au bout d’une ruelle escarpée.

Jusqu’à présent, rouler sur des routes principales, c’était facile pour un motard débutant comme moi. Maintenant les choses se corsent un peu.

Première ruelle: impasse. C’est raide et poussiéreux, je me laisse aller en marche arrière pour faire demi-tour dans la pente en me concentrant pour garder l’équilibre de la moto. Ne pas l’échapper.

Après ma première suée, je tente ma chance quelques kilomètres plus loin: la piste est juste là, au fond de cette cour privée dans laquelle je viens de m’engager. Après quelques mètres, un redneck sort de chez lui. Je ne sais pas qui de lui ou de son clébard est le plus menaçant. Téméraire, mais pas courageux le garçon… Demi-tour presto! Mais surtout, ne pas échapper la moto.

Deuxième suée. Cette fois je passe en mode vue satellite sur Google Maps pour trouver un ultime moyen de m’aventurer dans les collines avant la nuit. Et la troisième sera la bonne! Cherry Flats road est une ruelle à l’asphalte chaotique qui vire serrée entre les maisons. Il est presque 16h, soleil rasant dans la face et je m’engage sur une piste de gravel. Ça grimpe solide! Mais dans quoi je m’embarque… Je roule en seconde et j’essaie de ne pas me crisper. Pourquoi le serais-je après tout? Je ne suis pas équipé, pas expérimenté et accessoirement pas assuré pour rouler hors route. Alors surtout, surtout, ne pas échapper la moto…

Cherry Flats Campground est en réalité un terrain abandonné qui a depuis été supprimé des points d’intérêt de Google.

L’endroit est un peu glauque, les bouteilles d’alcool éclatées au sol témoignent de soirées mouvementées ici, mais la vue spectaculaire sur les mines est la plus belle des récompenses. L’adrénaline et la fierté de m’être rendu là l’emportent. Le soleil a disparu et le vent se rafraîchit. Je monte mon bivouac avec la sensation d’être le roi du monde, seul au sommet de ma colline. La sensation de liberté est totale. Je pense à ma famille et à mes proches, le coeur léger, ancré dans le moment présent. La nuit sera fraîche, mais il en faudra plus pour stopper l’envie de m’aventurer.

Demain, direction Tucson!


2 de 4. Suivez les aventures d’Alexandre Métier, tous les mardis du mois d’avril. Partie 1 : S’extirper de son quotidien.

 

Présenté par Oneland et Revolution Motorcycle Magazine, le Roll the Bones Old School Motorcycle & Art Show plonge dans l’univers de la culture custom. Builders invités, motos modifiées, galerie d’art, pop-up shop, bands, projections et DJ dans l’atmosphère feutrée du Club Soda, en plein coeur du Quartier des Spectacles. Pré-party le 24 mai et exposition le samedi 25 mai. En collaboration avec Harley Davidson Gabriel Montreal et Montreal Underground.

C’est quoi pour vous la définition d’une aventure à deux roues ? Des lieux inconnus à découvrir, votre moto, des amis avec qui partager la route, et bien sûr une grosse part d’imprévue, d’essaies, d’erreurs, de bonnes et de moins bonnes décisions. L’équipe de Offroad Laos Adventures a rassemblé tous ces ingrédients lors de leur dernier repérage moto dans le but créer un nouveau circuit guidé, loin, très loin des sentiers battus. Ils nous racontent leur périple.

Offroad Laos Adventures est une agence spécialisée dans les tours moto tout-terrain au Laos. Son équipe de motards propose des itinéraires à la rencontre des ethnies isolées. Ces voyages moto en Honda CRF50L sillonnent les pistes du nord du pays. Mais comme le Laos est un pays en développement, les petits sentiers de terres peuvent devenir rapidement des routes bitumées.  Par chance, il reste encore quelques régions sauvages où fourmillent de nombreuses pistes connues uniquement des villageois et des fermiers locaux. Plusieurs rumeurs circulent sur l’existence de passages à tel ou tel endroit. Les guides moto en entendent et les rapportent à l’agence. Ensuite, il faut aller vérifier sur place.

Entre deux voyages, les guides et organisateurs se rendent sur le terrain, avec deux objectifs. Le premier, vérifier que les itinéraires de leurs trails moto sont toujours aussi tout-terrain. Si une piste a été asphaltée, ils cherchent un nouveau parcours pour la contourner. Le second but est d’explorer les parties encore inconnues du pays. Et ainsi de pouvoir proposer de nouveaux tours inédits. Au programme de leur dernier repérage d’octobre 2018 « Objectif plaine des Jarres » : 1700km, 9 jours, 4 motos et une multitude de moments inoubliables.

Un immense terrain de jeu moto à explorer

« Nous sommes partis des bureaux de notre agence implantée à Luang Prabang au nord du Laos. Nous avons plus ou moins longé le Mékong en direction de l’extrême ouest du pays, jusqu’à HouayXay qui se situe à la frontière Thaïlandaise. Puis, nous avons roulé cap au nord à travers un parc national, avant d’atteindre le pont permettant d’entrer en Birmanie.  La suite du périple nous a permis de frôler la Chine, de parcourir le Laos d’ouest en est pour s’aventurer dans les provinces inexplorées du pays. Après avoir atteint le point le plus à l’est, à quelques kilomètres du Vietnam, nous avons filé jusqu’à notre ville de départ, Luang Prabang. Il faut bien le dire, 1700km de pistes, sur 9 jours, c’était ambitieux. Les pistes techniques du Laos ne permettant pas d’aller beaucoup plus vite que 25km/h en moyenne. Ça promettait donc des grosses journées. » – Jérémy, expert de tour moto au Laos.

L’entrevue complète la semaine prochaine. D’ici là, on rêve un peu avec ces photos de feu qui documentent le projet sur la route!


Lire l’article Le Laos pour un roadtrip sur Oneland
Chroniqueur invité – Cedrik Drouin a.k.a. Chopper Québec

Tout le monde le sait, l’hiver au Québec ce n’est certainement pas la meilleure saison pour vivre sa vie de motocycliste. Le frette, la neige et la noirceur ne sont pas vraiment les meilleurs amis de la moto. J’ai profité de l’arrivée de Noël pour demander à mes chums : « un biker, ça fait quoi en hiver? » J’ai eu toute sorte de réponses les plus imbéciles les unes que les autres. J’ai des bon chums…

J’en suis venu à la conclusion qu’il y a deux genres de biker en hiver. Le premier, lui, il n’est pas trop difficile. Il passe son hiver à préparer ses rides et sa moto pour la prochaine saison. Le deuxième est un peu plus intense: il passe son hiver dans le garage avec les mains sales pi d’la bière frette. Mais dans les deux cas, tout le monde est d’accord que l’hiver, c’est fait pour penser aux roadtrips à venir, taponner son bike et boire un peu de bière, ou des fois , trop de bière.Pour moi, être un biker en hiver, c’est s’installer dans le garage avec la musique dans le tapis pour commencer à planifier le projet, sortir les outils et démonter la bête en ne sachant pas clairement où je m’en vais. C’est aussi de commander des pièces sur Internet. Pour vrai, meilleur feeling ever! T’es content quand tu commandes, t’as du gros fun a regarder le tracking de ton colis pi tu feel comme un kid à Noël quand tu reçois finalement LA pièce que tu attendais depuis les 2-3 dernières semaines!

Et l’hiver, c’est aussi être sur le party avec la gang et après 2-3 bières, décider d’aller dans le garage pour starter le bike, juste pour entendre le son pi bruler le tire parce que… « anyway, j’avais prévu en mettre un neuf pour la prochaine saison ». C’est après 4-5 partys de garage que tu réalises que c’est déjà rendu la fin janvier. Fuck! Faque là, tu commences à te grouiller un peu plus. Préparer les vraies rides et passer un peu plus de temps dans le garage. Les swap meet commencent, tu fais de nouvelles rencontres. Tu trouves quelques pièces que tu cherchais, tu réalises que t’es déjà rendu fin mars pi que t’es pas prêt pentoute encore. Tu paniques un peu, demandes de l’aide à tes chums, pour finalement arriver fin avril avec ton bike enfin prêt pour la saison.

Toi, cet hiver tu fais quoi?

On peut suivre Cédrik Drouin sur son compte Instagram Chopper Québec. Notre chroniqueur invité est aussi le cofondateur de la marque Bad News.


Lisez notre article pour en apprendre plus sur la marque Bad News 
Texte : Marc Provencher ¦ Photos : Cédric Corbeil

Le costume, le froid, le paysage d’automne, un soleil timide qui ne lève plus très haut à ce temps-ci de l’année. En ce 27 octobre, la magie de la Sasquatch opère. Quand on y pense, ça nous ramène à la matière brute. À commencer par les chevaux de métal qui hurlent davantage à cause du froid vif et intense. Des panaches de chevreuils, caribous et orignaux, trophées faciles à trouver en Abitibi-Témiscamingue. Nos manteaux poils et nos bottes de fourrures sortis des coffres de cèdre. Le banc de gravier gorgé d’une eau qui transforme le sol en boue. La mince couche de glace qui témoigne des nuits froides qui s’installent petit à petit. Et finalement, les gros morceaux de viandes à cuire sur les grilles rouges chauffées à vif par la braise brûlante laissée par le bois dur, le tout servi sur des table de roche qui ressemble étrangement à des Inukshuk.

On vit une métamorphose réelle.

Le froid nous force à nous regrouper plus serré, on devient intime en quelques minutes. La fourrure nous garde au chaud. Ici, il n’y a pas de classe social. Nos costumes volent la vedette et attirent l’attention plus que nos montures. On se déplace en clan, on s’anime autour du feu, on se taquine, on se lance des défis, on joue dans le sable, on s’amuse comme des kids.

Entre chien et loup, des odeurs de viandes fumées embaument l’air qui se refroidit rapidement, on mange tous ensemble sur des tables de pierre, on rit fort, on raconte nos histoires de la journée, on fait vibrer nos motos une dernière fois avant leur hibernation. Les enfants courent partout, énergisés par le bruit et les festivités.

La nuit tombée, il est temps de rentrer chez-soi, un peu triste mais heureux, on se fait des accolades, on se sert la main pis on se dit :

– En passant, moi c’est Armand. Toi ?
– Moi ? c’est Daniel…
– Content de t’avoir connu mon chum. On r’prend ça l’année prochaine.

La Sasquatch pousse encore plus loin notre passion de la moto. Elle nous rapproche davantage du motard-humain qui la conduit. C’est le froid, c’est le nord, c’est l’Abitibi, c’est nous.


À lire aussi :

Le Saguenay en mode Sasquatch