Author

Le Steak

Browsing

9h30 am, premier pit stop, j’ai des brûlures d’estomac… Quand je vais me réincarner, je veux rester un biker, mais pas alcoolique… si possible. J’ai l’impression de sentir encore les effluves de prestone du 53 pieds citerne que j’ai poussé dans l’accotement pour sécuriser un changement de voie rapide. Des arômes hétéroclites qui se mélangent pas… moi qui empestait déjà le fond de tonne. Petit haut le cœur, un rote pis ça passe. J’ai le dos accoté sur mon matelas de sol. J’aurais préféré le confort des boobs, mais la gente féminine ne se plaindra pas: je pue et je feel bad ass. «Next time, girls»! Je suis le bloqueur de gauche en mission et je vais pouvoir skipper quelques brossages de dents ce week-end.

Montréal, tu es un anaconda nordique géant zigzaguant à «limite de vitesse plus 10», suivant la consigne. On se déplace comme un seul et long véhicule, on frôle la symbiose. On est des télépathes de l’asphalte. On partage une aura commune.  À notre prochaine sortie, la Raven’s Run II, on sera plus, beaucoup plus, beaucoup beaucoup plus même. On veut être parfait, pratiquer, enseigner, être d’accord.  Montréal, tu roules bien et tu te structures. Les rôles clés avaient tous été distribués sur notre groupe FB et le briefing sécurité du départ a duré trois minutes au plus.  «Pas de mouvement gauche droite, pas d’improvisation, gardez vos positions. Soyez alertes et laissez de la place aux gars qui vous protège le cul. On part 14, on revient 14.»  Trois minutes qui peuvent sauver des vies.  «Don’t be stupid, be awesome!»

Two in the Bush. Montreal Team. Crédit photo : Luc Binette

«Les bloqueurs, restez coûte que coûte sur les voitures qu’on dépasse. Offrez leur la roue arrière bien centrée dans le milieu du bumper et frôlez-les. Quand ils verront des couilles dépasser de chaque côté du bike, ils vont assurément freiner.

«Tail gunner, t’es parfait. Sois sûr que tu rejoins le bloqueurs qui se déploie à tout coup; un petit salut à la voiture et reprenez vos positions. Avec attitude bien sûr!»

«Hey, Road Captain, entre le moment où tu mets le flasher et que tu changes de voie, donne-nous quelque seconde de plus. On doit se synchroniser un peu mieux.»

«Got it gang? Qui a une clée 9/16?»

Montréal, les kilomètres t’on soudée, tu te salis les mains pour tes frères. Le pipe du shovel head est finalement rattaché, les tanks sont pleines : on peut repartir. Les moteurs démarrent simultanément. On dirait Gerry Boulet qui jouit et vomit en même temps. Les roues du Road King qui mène l’expédition n’ont pas encore complété leur ellipse que la FXLR et le Springer partent en trombe et bloquent un boulevard à quatre voies.  La mythique Black Cherry s’engage dans l’allée. «Oh what a day!». Mes bouts de seins sont durs et effilés, j’ai l’impression d’être une Litas au début de mai. Tony est si beau quand il pénètre et patrouille les bretelles d’entrée d’autoroute, les chicklets au vent et heureux, pour empêcher  les voitures de scinder notre entité. Les passages des bloqueurs soulèvent immanquablement  l’euphorie des riders à chaque manœuvre du groupe. On est des fuck-off-fusées-supersoniques-de course-on-duty. On cueille à chaque traversée des smiles larges de même, des thumbs up bien sentis et des yeux fatigués qui pétillent d’envie.  La grosse Victory affectée aux poursuites cambre sur sa gauche et se détache du peloton. La main qui tord les 1700 pouces cube de power de l’engin a plusieurs rounds d’expérience en MMA.  Comme un F-16 qui franchit le mur du son, la moto se déploie pour m’assister dans une chasse à très haute vitesse sur l’autoroute. Mother-Fucker-Duo.  

«On le prend en boîte?»

«Nah Bro, pas cette fois, je testais juste la brigade anti-cave. Aucun doute qu’elle est au poil.»

On roule comme un MC, on est Montreal Connection.

Two in the Bush. Montreal Team. Crédit photo : Luc Binette
Two in the Bush. Montreal Team. Crédit photo : Luc Binette

Montréal, c’est un collectif d’individus et de bannières locales:  Doomesday Machine, Drop Clutch Union, Diosa Custom et Oneland, flanqué de pionniers de la Raven’s Run originale.  C’est mes potes de bike et les potes de mes potes. On se voit dans nos beaux events locaux, on se remémore des vieilles histoires, on s’en raconte des nouvelles. On est tous, vous, nous et moi à la genèse de quelque chose et on est tous fier de l’émergence du mouvement montréalais: Montréal diversifiée.

Et quand les ti-gars d’Ottawa t’invitent à venir jouer dans leur carré de sable, tu réponds comme personne: «Hold my beer and watch this!» Parce que le Two in the bush, c’est un solide party : 1450 Coors (200 de plus le lendemain) et 160 bikers. Parmi eux, 14 joyeux lurons du 514 qui finiront tous à quatre pattes.

Photo Chris Butters
Two in the Bush. Crédit : Chris Butters

Nous étions 14.

Nous étions Montréal.

 


 

TEXTE ET PHOTOS : Le Steak

Il y a des trucs qu’on voit en traînant sur Facebook, comme cette ride, The Boston Massacre.  Il y avait pas beaucoup d’activité sur la page de l’événement: un organisateur qui trip fort et pas beaucoup de vie autour de ses posts. Je clique intéressé, sans plus.  À quelques jours de l’évènement, il annonce vraiment beau, j’ai pas mes filles ce week-end. J’envoie plusieurs invitations aux gens autour de moi, j’ai le feeling que la vibe va être bonne, mais personne de disponible.  Je cogite ça… Bah…  M’a y aller tout seul! Mon bike est top, mon anglais semi-fonctionnel, puis s’il y a de quoi, j’ai ma carte de crédit pis mes jointures.

Préparation et départ

C’est un long congé. Après avoir pris contact avec l’organisateur, je sais que je dois me rendre à Rochester, dans le fin fond du New Hampshire, soit 460 kilomètres de Montréal. J’ai déjà fait cette route en voiture pour Boston il y a quelques années, j’ai des souvenirs de Whites Mountains, je sais que les paysages sont splendides, alors j’opte pour m’y rendre en traversant la frontière par Stanstead près de Magog, au lieu de rouler le Vermont. Après tout, le New Hampshire, c’est pas de casque!

Je prépare l’artillerie lourde, un papa monoparental on the road, ça voyage low budget. Sleeping -40 (trop gros), tente pour 4 (trop grosse), une glacière molle qui rentre dans une sacoche, 2 sets de linge de rechange, un brûleur, une poêle, j’ai même mes moulins à sel de mer et à poivre. Après tout, je suis en congé 4 jours, j’ai rien à l’agenda si ce n’est que de me rendre au Massacre. J’ai la sissy bar bien loadé, un binder, 4 ou 5 swings. Une bonne dizaine de tie-wraps plus tard, ça tient, alors, en route!

La route

Après 30 minutes d’attente aux douanes, j’ai vraiment chaud entre les jambes. C’est beau le tape sur les exaust, mais les coupes chaleurs finalement ça sert à de quoi. Ça fini par être mon tour: l’important, je pense, c’est de pas dire que je m’en vais répéter le massacre de Boston… Ça se passe bien malgré mes ‘’low skills english’’.  Je repars direction Littletown, la ville d’entrée pour le New Hampshire, acheter du gaz en gallon, des clopes qui font tousser puis enlever mon full head.

Rouler pas de casque, c’est mythique. Au Québec, selon mes recherches, la loi sur le port du casque obligatoire est arrivée en 1973 pour l’île de Montréal, la province ayant emboîté le pas l’année suivante.  Je n’étais pas né, donc l’enthousiasme de vivre l’expérience est bien présent. Dans l’immensité des montagnes, 1450 pouces cubes sous la ceinture, je suis en contemplation. Le son des pneus qui embrasse l’asphalte, la caresse du vent sur mon front qui allonge chaque année, je suis en transe. Mon odomètre est en miles, je file à 80/85, j’ai même pas la tâche intellectuelle de conversion à faire. Easy. J’ai mon itinéraire en tête, pas de GPS, 2 ou 3 numéros de rue à retenir.  Humilité devant l’immensité, V-twin méditation et questionnement… Je m’en vais voir qui au juste?

Mickael Bourgeois

Le Dude

Mickael Bourgeois, alias Hamburger Mike ou New Hampshire Mike, ça dépend où tu te trouves. C’est le gars qui organise ça. C’est la cinquième édition cette année. Jamais de date fixe. Cette année, il s’est décidé un matin assis sur les toilettes que ce serait la fin de semaine de sa fête. Il a cherché un camping pour ceux qui venaient de loin, il n’en a pas trouvé, il nous invite donc chez lui à camper dans sa cour. J’arrive le premier, il est avec sa femme, son buddy et l’épouse de ce dernier.

Mike c’est le gars avec les tattoos LIVE FREE OR DIE sur les doigts… Oui, ça rentre… «J’espère que tu n’as pas apporté de bières, j’en ai acheté 72, et ma femme veut pas qu’il en reste demain. Et j’ai un cadeau pour toi. Tu es celui qui remporte le prix pour être venu de la ville la plus lointaine» Je vous traduis ça à peu près, moi dans une phrase en anglais, je comprends 5 mots sur 7 environ, puis il y avait plusieurs fuck aussi.  Les quatre s’assurent de mon confort. Son pote  ressemble à Papineau dans Henri pis sa gang, j’ai vraiment aucune idée de ce qu’il me jase, mais il a un Harley de police et un rat bike, puis il trippe sur mon Springner, on est des chums.

Les boys commencent à arriver d’un peu partout. Mike attend 10/12 motos pour ce soir. Il n’a pas tort. Les motos arrivent par petits groupes, les gars se connaissent un peu tous des différents évènements du coin; ils se sont donné des rendez-vous ici et là pour converger vers Richemond. Le BBQ boucane, Mike fait des shorts ribs pour ses invités, il n’y a qu’une consigne, buvez en masse, car vous allez très mal dormir. On va être combien Mike? I don’t know! La première année on était 3, plus 4 autres gars qu’on a croisé qui ont roulé avec nous. Il y a 2 ans on était 120.

Miracle of Science

Le réveil se passe pour la plupart vers les 7h30, on roule nos tentes, tous un peu éméchés. On repassera pour le sommeil récupérateur. La route devant est vraiment passante, de jour comme de nuit. On attend quelques riders locaux, peut-être une dizaine de plus, pour la balade qui nous mènera au lieu de rencontre du Massacre. Le départ est donné pour près de 3 heures de back road. Mike mène en avant, ça roule serré comme j’aime. Les gars font leurs signaux, bloquent les routes aux stops, et tout le monde porte un casque. Les bikes sont bruyants! Visiblement on est pas assujetti aux mêmes lois que chez nous. On doit arrêter gazer souvent, les tanks peanuts c’est juste beau, je crois.

Vient le temps ou on arrive au réputé Miracle of Science, élu, je ne sais par quelle tribune, comme préparant le meilleur burger de Boston. Il y a déjà une soixantaine de motos de stationnée dans la ruelle, devant la fabrique des bonbons Totty Rolls. Hamburger Mike est donc doublement content. Certains bikes ont fait les magazines, il y a des beautés surréelles. Quelques bières, une belle camaraderie, les gens de la scène locale incluant le Vermont et le Maine se connaissent tous visiblement. L’ambiance est chaleureuse, et on prend soin de ce gars qui parle bizarre qui vient du Canada. You know Justin from Sherbrooke? He was here last year… C’était le Frenchy de l’an dernier, il avait gagné un tank à gaz qu’il pouvait pas ramener sur son chopper.

Engine on!

Le premier moteur ronronne. Les autres démarrent dans une cacophonie. Mike envoie 4 racers en premier et suit. Superbe travail pour bloquer les rues, c’est parti pour 2h de bonheur dans Boston. La ville est immense, les automobilistes et les policiers courtois. L’organisation et la sécurité: chapeau! C’est vraiment hallucinant, simplement suivre et découvrir la ville. Il y a même un pick-up avec une remorque pour les motos qui tombent en panne. La grande classe. Les bikers sont disciplinés. Ça passe définitivement trop vite, on est déjà rendu à l’autre brasserie… c’est fini pour la ride.

Le party est pas loin de pogner dans la place. Beaucoup de bières, il fait chaud. Les participants sont contents. Mike à une impressionnante collection de cadeaux à faire tirer grâce à ses commanditaires. Pour ma part, je repars avec 2 bidons d’essence et un t-shirt que vous avez pas fini de voir… 2XL, le seul qui me pète pas sur le dos, vive les Américains! 

Les invitations pour l’après-party pleuvent, y a de la place pour crasher, don’t care! Mon hic, la météo. J’avais prévu un scénario où je remontais le dimanche, un autre le lundi. Mais la pluie devait être au rendez-vous dans toute la région le lendemain . Me coucher paqueté, me relever encore paqueté, rouler ma tente sous la pluie, et me taper plus de 500km mouillé, bof. Alors on fait quoi dans ce temps-là? On tank, puis on attaque les White Montains de soir en repensant à tout ce qu’on vient de vivre, aux nouveaux buddies qu’on s’est faits et qu’on souhaite revoir plus tard dans la saison.  S’improviser un dossier de fortune, faire un salut aux boys et tordre la poignée à 85mph et la barré là en rentrant dans le tunnel sous Boston, me revoilà reparti. 

Le Boston Massacre, c’est une grande ride, voire un pèlerinage vers lequel la scène québécoise devrait converger. L’hospitalité locale, la qualité des routes, le paysage et surtout la grande classe de l’organisation valent vraiment le détour. Je recommande grandement. 

Et en passant, c’est très froid les montagnes le soir…