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Le plus grand relais à moto jamais réalisé arrive à nos portes. The Women Riders World Relay (WRWR) est un relais mondial destiné aux motocyclistes féminines. Fondée au Royaume-Uni par Hayley Bell, cette belle aventure a débuté en Écosse le 27 février dernier et se clôturera dans les Émirats arabes en 2020. Depuis, d’une frontière à l’autre, chaque groupe de femmes effectue une partie du trajet, le passage du relais se fait au moyen d’un bâton géolocalisable. La mobilisation est impressionnante : elle couvre près de 100 pays et implique plus 18 000 femmes.

Instagram @womenridersworldrelay

Quand Nathalie Lavigne a vu passer l’information sur le WRWR elle a tout de suite décidé d’embarquer dans le mouvement. «Depuis 25 ans, j’ai beaucoup voyagé en moto, j’ai fait de longues distances au pays comme à l’international. Et c’est justement l’aspect mondial du mouvement qui m’a tout de suite plu. Connecter avec des femmes de partout dans le monde, ça c’est du sisterhood !» Non seulement Nathalie s’est jointe au groupe, mais elle a décidé d’y participer activement à titre bénévole. Aujourd’hui, elle organise la portion québécoise du rallye aux côtés de ses deux acolytes, Cathy Ratté à la logistique et la recherche de partenariat et Raphaëlle Lemelin à la planification de l’itinéraire.

Rencontre avec Nathalie Lavigne

Ce mouvement mondial lance un message fort d’unité, d’entraide et de fraternité. Et de courage aussi, il ne faut pas l’oublier, car la condition des femmes n’est malheureusement pas égale dans tous les pays visités. La fondatrice espère aussi que cette mobilisation enverra un message clair à l’industrie : « les femmes motocyclistes sont présentes partout dans le monde, bonifiez votre offre ! » Bien souvent les femmes doivent se vêtir dans le rayon pour homme ou se contenter d’un manteau rose fuchsia. Effectivement, il est grand temps que les manufacturiers se réveillent.

Le lancement canadien se fera le 14 septembre chez Trev Deelay Motorcyles à Vancouver. Le bâton arrivera au Québec par l’Ontario le 22 septembre. Après un bon souper avec leurs homologues ontariennes, une trentaine de Québécoises partiront le lendemain en direction d’Edmundston au Nouveau-Brunswick.

«Soyons téméraires. Soyons courageuses. Soyons inspirantes. Soyons vraies. Soyons solidaires.»

Joignez-vous à cette formidable aventure.

 

[alert type=white ]Ripple Relay
Vous ne pouvez pas participer au mois de septembre ? Consolez-vous les organisatrices ont prévus le coup. Un trajet nommé Ripple Relay est présentement en cours depuis le début du mois de juillet. Se déroulant sur plusieurs fins de semaine,  les femmes se relaieront un jeton sur plusieurs itinéraires Gatineau–St-Mathias, St-Mathias–Lévis, Lévis–La Pocatière, La Pocatière–Rimouski et Rimouski–Campbellton. [/alert]

 

Pour plus d’informations :
www.facebook.com/pg/WRWR2019/events/  | womenridersworldrelay.com/?lang=fr | www.instagram.com/womenridersworldrelay/

Il faut le dire d’emblée, Oneland est plus connu pour ses portraits ou ses récits de voyage que pour ses essais routiers. C’est pourquoi on a été un peu surpris quand Husqvarna Canada nous a proposé deux billets en direction du Portugal pour aller essayer la Svartpilen 701. Mais vous savez, tester une nouvelle moto dans un pays qui fait rêver… disons qu’on n’a pas trop posé de questions et qu’on s’est empressés de dire oui avec plein de points d’exclamation.

Attachez votre casque avec de la broche !

C’est à Lisbonne, au restaurant de l’hôtel Fontecruz, après la conférence de presse, que Charles-Édouard et moi rencontrons Costa Mouzouris. Journaliste moto d’expérience, ancien coureur de piste, le Montréalais n’est pas à son premier lancement ni à son premier essai routier. Il n’est pas aussi impressionné que nous par l’hôtel, avenue Liberdade, ou par le logo Husqvarna imprimé sur la pâte d’amande qui trône sur notre dessert à la fin du repas. J’ai 1000 questions à lui poser sur le déroulement. «Demain, tu vas rouler avec des professionnels. Ça va aller vite. Ils vont zigzaguer entre les voitures. Ça se peut aussi qu’il y ait des manoeuvres que tu considères hasardeuses. Dans tous les cas, respecte ta limite.» Je note.

Trop chill pour les pros

Jeudi matin, 8h00. On est tous rassemblés dans le lobby de l’hôtel. On est divisés en trois groupes. Je tâte le pouls des gens présents. Il y a Wes Reyneke journaliste pour Bike Exif qui, à l’instar de Costa, collectionne les lancements de moto à l’international comme d’autres collectionnent les sous-verres. Il y a William Perretti, 22 ans, deux ans de Supermoto, puis cinq ans de moto sur les routes corses (lire un habitué de la vitesse et des routes qui tournent à l’infini). Graham Jarvis, pilote d’Enduro Extrême et membre du Factory Team Rider d’Husqvarna. Il a remporté quatre fois le Scottish Six Days Trial, neuf fois fois le Scott Trial, cinq fois le British trials Champion pour ne nommer que ceux-là. Bref, cet homme sait manier la machine avec autant de précision que Lucky Luke manie le pistolet. Et bien sûr, mon coéquipier Charles-Édouard.

William Perretti en action!

Notre groupe décolle vers 9h00. On sort rapidement du centre-ville pour emprunter l’autoroute. Et braaaaaaaaaap, ça décolle! La petite Svartpilen 701 en a dans le ventre. L’odomètre monte. À 135 km/h, j’abdique, je ne veux pas suivre le groupe au-delà de ça même si j’ai l’impression que la moto tient aussi bien la route qu’une moto de course. Charles-Édouard, pour sa part, abandonne à 150. Le groupe se divise en trois. Les pilotes en avant, celui qui ferme le convoi et moi derrière et Charles-Édouard perdu quelque part entre les deux. C’est ainsi qu’après seulement 15 minutes de ride on se perd. Oneland est définitivement plus en mode touriste qu’en mode racing.

Décidément fiable

Svartpilen en français signifie flèche noire. Ce qui lui va très bien. Dans ce peloton, je ne suis peut-être pas l’archer le plus expérimenté, mais ça ne gêne en rien mon appréciation de la ride. Sur les routes sinueuses du Portugal, j’apprécie la largeur du guidon qui m’offre une excellente stabilité, l’antipatinage qui me sauve dans une courbe rocailleuse en tête d’épingle et les freins ABS appliqués d’urgence derrière un camion cube après une courbe à l’aveugle. En ville, c’est la douceur du levier d’embrayage et la hauteur de la Svartpilen qui me séduit. Ni trop basse ni trop haute, un must pour les arrêts fréquents. Dans cette grande joute du chat et de la souris, je n’ai pas le réflexe d’essayer le Easy Shift qui permet de changer les vitesses sans appuyer sur le levier d’embrayage. Et à vrai dire, je n’ai pas encore vraiment compris l’utilité de cette fonction.

Un modèle résolument moderne

En fin de journée, on retourne en ville dans le quartier LX Factory. Cette ancienne fabrique de tissus a été réaménagée en un petit village où on y trouve en autres, restaurants et bar branchés, boutiques de créateurs, centre de coworking pour start-up… un mélange écclectique et soigné entre le passé et le présent. Un peu comme la Svartpilen, à son tour un amalgame futuriste, qui conjugue l’époque de la moto flat-track et des lignes scandinaves épurées. Pas de chrome, que du noir et de belles lignes droites. Less is more disent les adeptes du design minimaliste.

Là-bas, on prend des photos avec nos montures en se la jouant un brin. Charles-Édouard se donne particulièrement et sort de son shooting photo avec la mention «Pussy Magnet» attribuée par le photographe. Une appréciation non négligeable de la part de Sebas Romero, photographe de mode barcelonais qu’Huqsvarna a fait voyager spécialement pour l’occasion. Dans cet environnement créatif et industriel, la Svartpilen se marie au décor. Je crois, effectivement, qu’elle saura plaire à l’explorateur urbain qui aime se faufiler en ville, au célibataire qui ne veut pas s’encombrer d’un où d’une backseat (ça se fait, mais je donne pas cher du confort), aux femmes raffinées ou à une clientèle jeune et avant-gardiste qui cherche à la fois l’efficacité et l’originalité.

Boucler la boucle et recommencer

Comme à un fil d’arrivée, c’est avec soulagement et une fierté certaine qu’on gagne notre hôtel. Le soir, entre deux bouchées, de retour dans le quartier LX Factory, Costa me précise que la plupart des essais routiers en Europe ressemblent à celui-là. «J’espère que ça ne t’a pas trop intimidé et que tu vas accepter les prochaines invitations, me dit-il.» Avec grand plaisir !… et une légère pointe d’appréhension. Paulo Coelho disait : «Il n’y a qu’une seule chose qui rend un rêve impossible à réaliser : la peur de l’échec.» Et ce n’est certainement pas demain que je vais laisser la peur me guider.

La Svartpilen 701 est disponible au Québec à partir de 13 399$.

Svartpilen 701 2019 – Fiche technique (selon le constructeur)

Type de moteur : Monocylindre, 4 temps
Cylindrée : 692,7 cc
Alésage/course : 105 mm / 80 mm
Démarreur/batterie : Démarreur électrique / 12 V 8,6 Ah
Boîte de vitesses : 6 rapports
Alimentation : Injection électronique Keihin, corps de papillon de 50 mm
Réduction finale : 16:40
Refroidissement : Liquide
Embrayage : Embrayage anti-dribble APTC à commande hydraulique
Cadre : Cadre à treillis tubulaire en acier au chrome-molybdène
Faux cadre : Aluminium
Suspension avant : Fourche inversée WP 43 mm
Suspension arrière : Monoamortisseur WP avec tringlerieFreins avant/arrière : Frein à disque 320 / 240 mm
Pneus avant/arrière : Pirelli MT60RS, 110/80R18; 160/60R17
Angle de chasse : 25°
Déport du t de fourche : 28 mm
Empattement : 1 436 ± 15 mm / 56,5 po ± 0,6 po
Garde au sol : 164 mm / 6,5 poÀHauteur de selle : 835 mm / 32,9 po
Capacité réservoir : 12,0 l / 3,2 gal
Poids sans carburant : 158,5 kg / 349,4 lb

 

Cette année au Roll The Bones, nous présenterons, en exclusivité, des reproductions des toiles de Yamasha. Celles-ci seront en vente sous forme d’encan silencieux. C’est une première pour l’artiste-peintre qui habite Kharkiv en Ukraine que d’exposer des reproductions. Au cœur d’un échange courriel avec elle pour préparer son exposition, elle répond à nos questions.

D’où vient ta passion pour l’art?

De mon enfance. Quand je suis entrée en maternelle, on m’a donné une grande feuille de papier pour dessiner toute la journée. À cette époque, il n’y avait pas de sujet spécifique dans mes dessins. C’était différentes images lumineuses. Ensuite, je me suis mise à dessiner toutes sortes de vêtements au point de vouloir devenir créatrice de mode ou designer. J’ai toujours rêvé de concevoir ou de créer quelque chose et de le mettre en pratique. Puis, le photoréalisme est entré dans ma vie.

yamasha oneland (2)Justement, parle-nous de cette forme d’art qu’est le photoréalisme.

Le photoréalisme est un genre dans lequel un artiste reproduit des images aussi réalistes que possible en se concentrant sur le détail des éléments dans le désir d’évoquer la réalité brute. Historiquement, ce terme s’applique qu’aux œuvres de la fin des années 1960 et du début des années 1970, mais il est aujourd’hui utilisé pour décrire des artistes qui utilisent cette technique pour créer des représentations littérales d’un objet, d’une scène ou d’un sujet particulier.

Pourquoi choisir la moto comme sujet pour explorer le photoréalisme?

Certains voient la beauté de la nature et peignent des paysages. Certains voient la beauté humaine et peignent des portraits. Je vois la beauté des motos et la peint. Les machines sont vivantes pour moi, elles ont une âme, comme si elles souhaitaient elles aussi être peintes. Je sens un lien étroit avec les motos, c’est ce que j’ai choisies. Claude Monet a Nymphéas en fleurs, Leonardo da Vinci a Mona Lisa et Radical Ducati, Matador. Comme on dit, à chacun ses goûts.

yamasha oneland (1)Parle-nous du projet Helmets for India auquel tu participes.

C’est un voyage d’aventure caritatif de Bombay à Goa. L’objectif du projet est de collecter 1 000 casques et de les distribuer à des personnes en Inde qui ne peuvent pas se permettre d’en acheter un. Vingt artistes du monde entier ont travaillé à la peinture de casques pour montrer que le port du casque est non seulement sécuritaire, mais aussi esthétique. Les casques de Helmets for India seront présentés lors d’expositions à Bombay, à Goa, dans quelques pays européens et aux États-Unis.

yamasha oneland (5)Si un jour, nous avons la chance de visiter l’Ukraine à deux roues, tu nous emmènes où?

Je serais heureuse de vous présenter non seulement la culture moto de Kharkiv, mais aussi toutes nos attractions locales. Il existe de nombreux sites remarquables autour de Kharkiv, en dehors des paysages urbains. Ma région vous impressionnera avec son désert, son lac salé, sa forêt de Homilsha et ses montagnes de calcaires. Et je vous offrirais certainement un délicieux borshch, un potage à la betterave. Venez! Je promets de vous surprendre!

Suivre Yamasha sur Instagram
Visiter le site de l’artiste Yamasha

Pour acheter une reproduction d’une oeuvre de Yamasha, l’encan se déroulera au Roll The Bones, le 25 mai prochain.

www.rollthebones.ca | Facebook : /rollthebonesmtl | Instagram : @rollthebonesmtl

TEXTE ET PHOTOS : ALEXANDRE MÉTIER

Partie 4. Fin de l’aventure d’Alex Métier.

Partie 1 : S’extirper de son quotidien.
Partie 2 : Lâcher prise.
Partie 3 : Tester ses limites.

Mes jambes tremblent, tétanisées par le froid. Je les plaque contre le réservoir pour sentir le plus possible la chaleur du moteur. Je suis parti de Sedona ce matin et après avoir rejoint Flagstaff au nord, je roule sur la Lake Mary Road. C’est le retour vers Phoenix, je boucle la boucle de mon périple. Mais je n’avais pas du tout calculé que cette route est située à plus de 2000 m d’altitude. Le ciel est neigeux, je roule sans m’arrêter au risque de geler sur place. Les poignées chauffantes ne suffiront pas à me donner le goût de prendre des photos malgré ce paysage de montagne fabuleux.

Au détour d’un virage, le pic Humphreys apparaît au loin, à l’autre bout du lac Mormon. Le soleil a réussi une percée qui illumine son sommet enneigé, majestueux. Sans relâcher l’accélérateur, cette image mentale s’est imprimée dans ma mémoire le temps d’un instant. Plus qu’une image, c’est un souvenir sensoriel: le froid, les membres engourdis, la solitude, la beauté du paysage. Je peux m’y replonger instantanément et ressentir exactement toutes ces sensations. De tels souvenirs, j’en ai accumulé quelques uns tout au long de mes dix jours de voyage. Chacun d’eux m’ont apporté leur dose de dépaysement, d’authenticité et de joie profonde. Autant de paysages traversés et de rencontres qui m’ont reconnecté à moi-même, à la vraie vie, à la vie simple. En voici trois qui m’ont marqué.

1. La rencontre avec Bob et Jim

Look de biker pour l’un, vieux hippie pour l’autre. Ils tiennent le garage Arizona Thunder à Bisbee. Des vieilles Harley s’entassent dans leur shop située dans une rue abandonnée, à quelques pas d’une mine à ciel ouvert. La veille j’étais passé à côté, par la rue principale. J’étais passé à côté de l’essentiel. Mais comme tout arrive pour une raison, un problème de chaîne détendue m’a contraint à revenir sur mes pas jusqu’au seul garage moto des environs. Le temps s’est arrêté quelque part dans les années 50 dans cette rue, en témoignent les voitures d’époque fièrement stationnées. Il fait beau et doux. J’éprouve un soulagement d’avoir trouvé ce garage, mêlé à la joie candide de me retrouver dans ce lieu intemporel. Et le plus simplement du monde, Jim me parle des spots à visiter dans les environs pendant que Bob retend ma chaîne, gratos. Je repars avec une casquette Arizona Thunder, le coeur léger et le sentiment que les gens simples et généreux rendent la vie meilleure.

2. Le silence au coeur du parc Chiricahua

Mon manque de planification m’a une fois de plus mené à un camping complet dans ce parc que je ne veux pas manquer. Situé à l’est de l’Arizona, il n’y a pas âme qui vive à moins de 50 km. Ne pas dormir ici, c’est faire l’impasse sur la randonnée que j’ai prévu le lendemain. Amer, je m’offre comme lot de consolation une ride jusqu’au sommet du parc pour admirer la vue sur les monolithes millénaires, seuls maîtres des lieux. En redescendant, je sens une vibe incroyable. Une sérénité palpable transpire de l’imposante présence de ces roches. J’arrive à la sortie du parc et je m’apprête à faire 45 minutes de route jusqu’au motel le plus proche. Mais une fois encore, je refuse de me résigner. Avec le faible réseau que j’arrive à capter, j’identifie un emplacement de camping improbable dans une vallée voisine. Après 6 km de piste bumpy (qui viendra à bout du tail de ma moto), je monte mon bivouac dans un endroit dégagé, autour d’un feu de camp. Le soleil se couche, le ciel est en feu. Et puis plus rien, le vent est tombé, il n’y a pas d’autre bruit que celui de mes acouphènes (note à moi-même: prévoir des bouchons pour les oreilles la prochaine fois). Ce silence assourdissant me plonge dans un état méditatif, en harmonie avec cette nature qui m’accueille. Je suis seul au monde, pas forcément rassuré, mais profondément libre.

3. Le nirvana sur la route 85 au nord d’Ajo

Plus à l’ouest, le temps s’est rafraîchit et j’ai essuyé mes premières averses. J’ai passé la nuit dans un motel pour me réchauffer. Au réveil, je prends la route pour une longue ride qui me mènera à Sedona. L’air est doux, les nuages se dissipent peu à peu et le soleil fait son oeuvre. Le paysage n’est pas particulièrement attrayant dans cette région mais à cet instant précis, l’atmosphère a quelque chose de poétique. La lumière douce du matin prend une teinte rosée, l’odeur de l’humidité et des plantes m’enivre. Je vis pleinement la route et pendant quelques secondes bénies, je me sens profondément heureux. Le voyage est le chemin.

Voyager à moto me fait vivre des sensations uniques que je ne retrouve avec aucun autre moyen de transport. Un pur mélange d’excitation et de liberté exacerbées par la perception des éléments naturels. Les sensations grisantes d’une accélération, la surprise d’un paysage à couper le souffle à la sortie d’un virage anodin ou simplement une ligne droite qui se perd à l’horizon n’auraient pas cette saveur si particulière sans ressentir la force des vents et la fugacité des parfums qu’il transporte, sans ressentir le soleil qui réchauffe le cuir, le froid qui engourdit les membres ou la pluie qui fouette le visage.

Mais rouler à moto, c’est aussi accepter que la moindre chute puisse être fatale. Il arrive que mon esprit se mette à vagabonder en roulant, mais la plupart du temps je me sens vulnérable. Cette prise de conscience me plonge dans un état de vigilance et de concentration qui me connecte intensément au moment présent. Quel paradoxe: c’est en étant le plus vulnérable que je me sens le plus libre et vivant.

Ce premier road trip a été pour moi une révélation: voyager à moto, seul, est avant tout une aventure intérieure dont je suis ressorti reconnecté à moi-même et à mes sensations, l’âme en paix.

Et si un jour nos chemins se croisent, ne m’en voulez pas si je me mets à vous raconter mon voyage. Vous risqueriez d’avoir, vous aussi, envie de vivre l’aventure moto solo.


Ceci conclu l’aventure d’Alex Métier. Pour revenir en arrière et redécouvrir son récit, voici les liens: 

Partie 1 : S’extirper de son quotidien.
Partie 2 : Lâcher prise.
Partie 3 : Tester ses limites.

Vous avez une histoire à raconter? Un roadtrip à partager? Des photos à faire rêver? Écrivez-nous: info@onelandmag.com.
Texte et photos : Alexandre Métier

Suivez les aventures d’Alex Métier, tous les mardis du mois d’avril. Partie 1 : S’extirper de son quotidien. Partie 2 : Lâcher prise.

Le comptoir en bois du Wagon Wheel Saloon situé à Patagonia est usé par les voyageurs égarés et assoiffés qui s’y acoudent. Je ne fais pas exception. Ma monture est garée à l’extérieure. J’ai la bouche pâteuse et l’estomac dans les talons. L’air hagard après des km balayé par le vent, j’attends avec impatience ma pinte de blonde et mon premier burger du voyage.

J’ai quitté Phoenix il y a trois jours et après avoir passé Tucson je suis maintenant à 30 km au nord de la frontière mexicaine. La vallée de Sonoita est une région de cowboys. Je roule dans un décor de western: les ranchs se succèdent, perdus au milieu de prairies vallonnées, des élevages de vaches et de chevaux piétinent une herbe grillée par le soleil, des buissons soufflés par le vent traversent la route en roulant. Si les trucks ont remplacé les chevaux, l’uniforme des cowboys croisés à la station essence n’a pas changé: santiags poussiéreuses aux pieds, blue jeans et gros ceinturon, visages brûlés par le soleil et Stetson enfoncé sur le crâne. Ici, on ne croise pas les regards: ils nous ignorent ou nous dévisagent.

Je pourrais continuer plein Est sur la route 82 jusqu’à Tombstone, étape obligatoire lors d’un roadtrip dans la région. Mais j’ai repéré un terrain de camping au bord d’un lac isolé au Sud lors d’une exploration nocturne sur Google Maps. Hier soir, j’ai dû dormir dans un motel douteux de Tucson, car le camping perdu au milieu des cactus était complet. Alors ce soir, je vais me rattraper et dormir sous les étoiles !

La route qui descend plein Sud sillonne le long d’une rivière. À ma gauche, le massif de Coronado se dessine. J’attendais avec impatience de rouler ici et de découvrir de mes propres yeux le lac Parker Canyon. Cette région isolée porte en elle la promesse d’une solitude ressourçante. Je ne suis pas déçu en découvrant cette oasis de verdure encaissée entre les collines ! Je partage le camping avec trois VR échoués sur les rives de ce lac aux allures de bout du monde. J’ai planté ma tente au pied d’un arbre, vue imprenable sur l’eau. Je viens d’envoyer un message vidéo pour donner des nouvelles à mes deux jeunes garçons. Fin d’après-midi, je bois ma Grolsch assis face au soleil rasant qui semble avoir suspendu sa course. Je m’imagine rester ici plusieurs jours à ne rien faire d’autre que de contempler le paysage. Une autre fois peut être. Je ne vais y passer qu’une nuit car demain j’ai rendez-vous avec l’aventure.

Je pourrais contourner le massif de Coronado par le Sud, mais la tentation de le traverser en empruntant la Sunnyside road est trop forte. 25 km à travers les montagnes: l’idée est aussi excitante qu’effrayante. D’après les images satellites, la route ressemble à une piste de gravel empruntée par des véhicules à quatre roues. Topologiquement, à 36 000 km d’altitude, c’est jouable. Une fois engagé dans le massif montagneux, je n’aurai plus de réseau cellulaire. Je me fais des bad trips depuis que je prépare cette traversée sauvage: la peur de chuter et de me blesser, l’angoisse d’un bris mécanique, l’hostilité de la faune locale… Et puis la jambe gauche de mon jean est tachetée d’huile. Ma moto en perd un peu depuis hier. Mais je préfère ne pas penser à tout cela…

Le soleil se lève sur le lac, chassant une superbe nuit constellée (j’ai pu m’en rendre compte en allant pisser ma bière à la fraîche). Je démonte mon bivouac et charge ma moto. Je quitte le camping encore endormi et prend la Montezuma Canyon road qui trace plein Sud vers le Mexique. Après 3 km, j’arrive à l’intersection avec la Sunnyside road. Je stationne ma moto sur le bord du chemin pour checker une dernière fois l’itinéraire et admirer le paysage. J’hésite une dernière fois et puis non, je dois tenter le coup!

Je remonte en selle, tourne à gauche et m’engage sur la piste qui fait face au massif de Coronado. Ca monte légèrement pendant 500 m avant de descendre sérieusement dans un canyon. La piste n’est plus qu’un pierrier glissant qui s’enfonce de plus en plus. Je me lève et mets tout mon poids vers l’arrière de la moto pour éviter que la roue avant dérape et me fasse chuter. La moto chauffe et je transpire à grosses gouttes sous mon casque. Misère, dans quoi je m’embarque ! J’essaie de garder mon sang froid pour négocier cette descente au ralenti. Ça passe. Fin de la descente, je roule à présent sous les arbres et très vite je fais face à une longue flaque d’eau qui prend toute la largeur du chemin. Impossible de passer sur les côtés. Je me lance et la traverse. Puis une deuxième encore plus grande.

Je n’ai pas fait 2 km sur cette piste que les choses se compliquent un peu plus : je dois maintenant traverser un ruisseau encaissé. Cette fois je m’arrête et je descends à pied pour me rendre compte de la profondeur de l’eau et choisir l’endroit où je vais passer. Ok, là ça devient intense mon affaire. Descendre dans le ruisseau c’est une chose, mais derrière ça remonte fort entre les roches et les ornières. Je me sens pris dans mon propre piège après être descendu dans le canyon et en faisant maintenant face à cet obstacle. Je prends une minute pour me calmer et je décide de tenter le coup malgré tout. Je me lance, les jambes en coton. Je descends doucement vers le ruisseau, le traverse en gardant les yeux fixés vers les roches qui m’attendent de l’autre côté. Et au moment d’aborder la montée, je cale mais j’arrive à maintenir la moto en équilibre de justesse. Je prends un grande respiration, passe la première et j’essaie de remonter mais la roue arrière patine. C’en est trop pour moi, j’abdique.

Je me laisse reculer en marche arrière dans le ruisseau, le coeur qui bat à 100 à l’heure. Je descends de la moto, les deux pieds dans l’eau pour faire demi tour. La pression de l’eau déstabilise la moto mais je parviens à manoeuvrer sans l’échapper. Je remonte dessus et je prends le chemin du retour. Un VTT passe avec quatre types à bord en me regardant d’un air méfiant, l’un d’eux pose sa main sur le revolver accroché à sa ceinture. Le sentiment de ne pas être à ma place…

Je retrouve la Montezuma Canyon road, soulagé. Je suis clairement allé au bout de mes capacités et de ma témérité. L’aventure aime l’humilité.

Mais je reviendrai ici un jour, avec une moto mieux équipée et surtout plus d’expérience en hors route!


Suivez les aventures d’Alex Métier, tous les mardis du mois d’avril. Partie 1 : S’extirper de son quotidien. Partie 2 : Lâcher prise.

 

Texte: Marion Ruel
Photos: Adventure650

Qui nous sommes n’a pas vraiment d’importance on pourrait très bien être un de vos collègues de travail, votre voisin ou, pourquoi pas; vous-même… Ce qui importe, c’est comment on en est arrivés là.  Tout quitter et faire le tour du monde à moto! Ça pour un changement drastique, c’est un changement drastique. Et pour y arriver, bien souvent, tout ce que ça prend c’est un déclic, une épreuve époustouflante qui réveille les âmes avec une grande claque! Petit retour en arrière.

Quand Fort McMurray te pousse à partir

Le matin du 3 mai 2016 dans la ville de Fort McMurray en Alberta, le réveil s’est fait dans l’anxiété. Une des plus grandes catastrophes naturelles allait chambouler notre quotidien. Les feux de forêt furent si voraces que rapidement l’incendie prit le nom de « la Bête ». Elle nous chassa de nos foyers et englouti tout ce qui ce qui se trouvait sur son passage.Moto Adventure650 Oneland episode 1 (2)

Daniel, 37 ans, est pompier et moi, Marion, 34 ans, je travaille dans une école. Il resta à combattre jour et nuit les flammes, tandis que je fus évacuée. C’est à ce moment que les idées se sont bousculées. Un feu qui dévaste de si grands territoires provoque certes la fertilisation des sols, mais, dans la rage, aussi celle de l’âme et des rêves. Quelques mois plus tard quand les cendres sont retombées et qu’on a retrouvé nos postes, que la routine confortablement s’est installés, on a réalisé ce qu’on aurait pu tout perdre. C’est à cet instant qu’on se réveille et on réfléchit à ce qu’un jour furent nos rêves. On se questionne : est-ce possible de vivre des aventures trépidantes? Est-ce égocentrique de simplement y penser?

Adventure650 Moto Oneland

Se sentir en vie, pour une fois

On aimerait tout quitter et se sentir vivant! Et puis cette redoutable et lourde voix de la raison qui nous amarre à nos vies chronométrées, faites de factures à payer et d’achats compulsifs qui nous aident à oublier qu’on est des esclaves du train-train. En réalité on est terrorisés à l’idée du changement. Puis on stresse pour tout et pour rien.

Selon le sondage réalisé pour Le Journal-TVA. La grande majorité (74%) des Québécois croient que nous vivons à une époque plus stressante qu’auparavant. L’argent, la santé et le manque de temps: voilà ce qui les empêche de dormir. Et les rêves d’aventure dans tout ça? Que se passe-t-il dans le cœur des gens? Est-ce un gros caprice général ou une réelle mutation des comportements. Aujourd’hui, on ose s’avouer que l’on n’est pas heureux dans la vie qu’on mène. On réalise beaucoup plus que la vie est courte et on a de moins en moins envie de mourir avec des regrets.Adventure650 Moto Oneland

Et puis merde! On n’a qu’une vie après tout! Alors voilà, on fait le grand saut, on prend une année pour nous. Avec un peu de recherche on trouve à Edmonton une magnifique Suzuki dr650 année 2000. Puis une seconde de 2007 un peu moins bien entretenue près de Red Deer. Daniel passera quelques mois à changer plusieurs pièces, ajuster certaines parties et à ajouter tout ce dont on aura besoin pour ces 12 mois d’aventure à explorer la planète au guidon de nos DR650. On organise le tout, on se concentre sur l’équipement. Et on repousse plusieurs fois la date du départ à quelques mois. Puis on réalise très vite que si on veut partir un jour on devra abandonner l’idée de tout planifier.Moto Adventure650 Oneland episode 1 (2)

Plein gaz: l’aventure moto commence

Le 7 juillet 2018, on ferme la porte de la maison et on enfourche nos bolides. On a à peine eu le temps de tester les motos avec tout le matériel installé, les sacs sont plus lourds et personnellement je n’ai que très peu d’expérience (voir aucune) sur ce type de bécane. Moto Adventure650 Oneland episode 1 (2)

On part avec cette petite inquiétude dans le ventre. Les épaules chargées de tension on s’ajuste tranquillement durant ces premiers 700 km qui nous amènent à Millet en Alberta. Évidemment on se perd sur le chemin, merci au réglage du GPS, on tourne en rond sur environ 205 km. Heureusement que les routes de campagne de l’Alberta sont magnifiques.Moto Adventure650 Oneland episode 1 (2)

Il nous faudra quelques jours pour arriver à Calgary, là dans les hangars d’Air Canada, on attèle les motos solidement comme des chevaux de course, cargaison précieuse que l’on espère récupérer à Paris dans 48 h.Moto Adventure650 Oneland episode 1 (2)

Si faire le tour du monde vous semble chimérique, si ce rêve vous semble inaccessible, et si vous n’imaginez pas un instant qu’un voyage à long ou court terme soit à la portée de tous, croyez-moi sur parole, il n’en est rien. Nous sommes de plus en plus nombreux à sauter le pas et si la plupart d’entre nous y parviennent, pourquoi pas vous ?

“Je suis à l’âge où si l’on ne réalise pas tout de suite ses derniers rêves d’enfant, ils se transforment, l’année d’après, en regrets de vieillard.  » – Philippe Bouvard


On voudrait remercier; The North Face et Seagull pour leurs supports et bien sûr tous les curieux et passionnés d’aventure qui nous encouragent avec leurs commentaires et questions que nous recevons sur la page Facebook d’Adventure650

 

 

 

 

 


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Texte et photos : Alexandre Métier

2 de 4. Suivez les aventures Moto Solo, tous les mardis du mois d’avril. Partie 1 : S’extirper de son quotidien.

Grand ciel bleu, soleil doux, asphalte immaculé: les conditions sont idéales et je roule plein Est sur la route 60. Les centres commerciaux de la banlieue de Phoenix laissent enfin place aux premiers cactus. C’est le sourire jusqu’aux oreilles que je ride cette route qui grimpe et serpente. Les sensations sont grisantes, un dépucelage en bonne et due forme. Je passe un col et à la sortie d’une belle courbe taillée entre les roches je fais soudain face à un panorama grandiose. Première claque visuelle: au milieu d’une vaste plaine aride s’élève un dôme rocheux spectaculaire digne d’un décor de cinéma. Vision irréelle. La route descend tout droit et passe à sa gauche. Je relâche l’accélérateur en le dépassant. C’est haut, c’est beau! Fuck it! Je fais demi-tour, quitte la route et emprunte une piste sablonneuse pour voir ça de plus près. Impossible pour moi de ne pas m’arrêter pour prendre des photos.

C’est ainsi que j’expérimente mon plus grand dilemme en voyageant à moto: rouler sans m’arrêter, vivre la route en tentant d’imprimer mentalement les cartes postales que je traverse; ou briser l’euphorie d’une ride parfaite pour immortaliser ces paysages fabuleux? Rouler ou photographier? L’aventure n’aime pas les compromis.

J’arrive à Miami (l’autre), cité minière sans intérêt… ou presque. En préparant mon voyage, j’ai repéré un emplacement de camping en haut d’une colline, face aux mines à ciel ouvert. Je compte bien y monter mon premier bivouac ce soir.

Mais avant ça, je dois acheter de quoi manger et trouver un Power Pack pour charger mon cell. Premier jour et première galère avec ma moto: la plug électrique ne fonctionne déjà plus. Le GPS fourni par le loueur s’est éteint, plus de batterie. De toute façon, j’ai pas le goût de rouler les yeux rivés sur un écran. Je suis là pour me déconnecter après tout! Il est grand temps de lâcher prise. Dorénavant et pour le reste de mon voyage, je vais naviguer à vue en checkant Google Map de temps en temps.

Il est 15h, il ne me reste que 2 ou 3h avant que ce soleil d’hiver se couche derrière les collines. L’entrée de la piste qui va me mener à mon bivouac est là, quelque part au bout d’une ruelle escarpée.

Jusqu’à présent, rouler sur des routes principales, c’était facile pour un motard débutant comme moi. Maintenant les choses se corsent un peu.

Première ruelle: impasse. C’est raide et poussiéreux, je me laisse aller en marche arrière pour faire demi-tour dans la pente en me concentrant pour garder l’équilibre de la moto. Ne pas l’échapper.

Après ma première suée, je tente ma chance quelques kilomètres plus loin: la piste est juste là, au fond de cette cour privée dans laquelle je viens de m’engager. Après quelques mètres, un redneck sort de chez lui. Je ne sais pas qui de lui ou de son clébard est le plus menaçant. Téméraire, mais pas courageux le garçon… Demi-tour presto! Mais surtout, ne pas échapper la moto.

Deuxième suée. Cette fois je passe en mode vue satellite sur Google Maps pour trouver un ultime moyen de m’aventurer dans les collines avant la nuit. Et la troisième sera la bonne! Cherry Flats road est une ruelle à l’asphalte chaotique qui vire serrée entre les maisons. Il est presque 16h, soleil rasant dans la face et je m’engage sur une piste de gravel. Ça grimpe solide! Mais dans quoi je m’embarque… Je roule en seconde et j’essaie de ne pas me crisper. Pourquoi le serais-je après tout? Je ne suis pas équipé, pas expérimenté et accessoirement pas assuré pour rouler hors route. Alors surtout, surtout, ne pas échapper la moto…

Cherry Flats Campground est en réalité un terrain abandonné qui a depuis été supprimé des points d’intérêt de Google.

L’endroit est un peu glauque, les bouteilles d’alcool éclatées au sol témoignent de soirées mouvementées ici, mais la vue spectaculaire sur les mines est la plus belle des récompenses. L’adrénaline et la fierté de m’être rendu là l’emportent. Le soleil a disparu et le vent se rafraîchit. Je monte mon bivouac avec la sensation d’être le roi du monde, seul au sommet de ma colline. La sensation de liberté est totale. Je pense à ma famille et à mes proches, le coeur léger, ancré dans le moment présent. La nuit sera fraîche, mais il en faudra plus pour stopper l’envie de m’aventurer.

Demain, direction Tucson!


2 de 4. Suivez les aventures d’Alexandre Métier, tous les mardis du mois d’avril. Partie 1 : S’extirper de son quotidien.

 

TEXTE ET PHOTOS : ALEXANDRE MÉTIER

1 de 4. Suivez les aventures Moto Solo, tous les mardis du mois d’avril. 

2h du mat et je n’arrive pas à dormir. Mais qu’est-ce que je fous là. Un train de marchandise fait trembler les murs de ma chambre. Mon avion ayant atterri à Phoenix trop tard ce soir, je me retrouve dans le motel le plus cheap et le plus proche de l’aéroport. Ça sent les draps javellisés et la clope froide. L’aventure n’aime pas le luxe.

J’ai quitté Montréal hier matin : ciel bleu glacial de février, un pied de neige bordant les trottoirs. Je réalise que dans quelques heures je vais m’embarquer dans une aventure qui me dépasse: dix jours de roadtrip moto en solo à travers l’Arizona. Sur papier ça fait rêver, mais… Mais ça fait seulement sept mois que j’ai mon permis et six mois que je me suis cassé la clavicule avec la moto de mon frère en forêt. Un vrai champion… J’en mène pas large.

Et puis il y a trois semaines, je me suis fait virer d’une grande entreprise comme 500 de mes collègues (merci patron). J’ai pris mes billets d’avion il y a 10 jours sur un coup de tête et j’ai loué la dernière moto disponible (une BMW GS 650 pour ceux que ça intéresse). Le loueur devait me fournir l’itinéraire et les points d’intérêts, mais le gars qui gérait ça a quitté la compagnie avec toutes les infos. J’ai donc dû boucler mon itinéraire sur Google Map trois jours avant le départ. J’ai uniquement réservé un motel à Sedona en fin de parcours. Pour le reste, je vais improviser. L’aventure commence avec un plan qu’on ne tiendra pas anyway: no plan is a good plan.

J’ai juste envie de crisser mon camp, prendre la route et rouler tout droit sans me retourner. Juste envie de m’extirper d’un quotidien qui use l’âme. Besoin de perdre mes repères, de me perdre pour mieux me retrouver.

Après une courte nuit, ça y est, je suis devant cette moto inconnue à me demander comment je vais m’y prendre pour y accrocher mon sac à dos. Celui-là est de toutes mes aventures depuis plus de 20 ans. Ses 70L contiennent tout le matériel pour mon voyage: ma tente, mon tapis, mon sleeping, mon réchaud, mes gants et mon casque de moto, ma pharmacie, mon déo, ma brosse à dents, un livre et quelques vêtements (mais pas trop). L’aventure aime la simplicité.

Je suis seul sur le stationnement et le loueur m’observe du coin de l’oeil depuis son bureau. Je vais charger mon stock comme si j’avais fait ca toute ma vie avec le semblant de confiance qu’il me reste à cet instant.

La moto est prête, pas moi.

Je monte dessus, la démarre et programme le GPS pour sortir de Phoenix. C’est parti, direction la ville de Globe, à une centaine de kilomètres à l’Est.

Premières sensations crispé au guidon : le moteur est souple (comme dans «pas nerveux») et le banc est très confortable. Ça va le faire. Je commence à me détendre à mesure que je quitte la ville. Il faudra bien que je m’arrête pour manger et mettre du gaz, mais pour l’instant je profite. Je roule. Je largue les amarres. Le voyage commence !

Je ne le sais pas encore, mais je reviendrai à mon point de départ 10 jours plus tard, reconnecté à moi-même, riche d’aventures et de rencontres inoubliables.


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