Tag

Roadtrip

Browsing
Texte: Martine Letarte
Photos: Collection de Simon Wahl
 

Deux semaines de vacances, sous le chaud soleil de juillet, avec un but en tête : se rendre en Nouvelle-Écosse pour faire la boucle de près de 300 km de la Cabot trail de l’île du Cap-Breton. C’est ce qu’a décidé Simon Wahl à l’été 2017.

web oneland Gaspésie - Day 1 (Moyen)

«Faites le Cap-Breton dans le sens inverse et allez dormir sur la pointe en haut, à Meat Cove, où un petit chemin vous mènera à un camping sur le bord de la falaise.» C’est ce qu’un local rencontré à la station d’essence leur a dit.

«Fuck yeah!», s’est dit Simon en reprenant la route dans cette contrée super sauvage.

L’aventure avait commencé quelques jours auparavant. Simon Wahl avait beaucoup voyagé aux États-Unis, mais peu au Canada. «Là, j’avais vraiment envie de l’explorer, notamment les provinces atlantiques, parce qu’ayant grandi entre la Bretagne et Paris, j’étais obsédée par l’idée de revoir l’océan», raconte-t-il les yeux brillants à travers l’écran, un dimanche après-midi de confinement.

Il pensait voyager seul, mais un gars avec qui il avait fait la fête un soir a décidé de se joindre au projet. Rapidement, ils ont réalisé qu’ils étaient sur la même longueur d’onde. La première journée, ils voulaient rouler à fond et ils se sont rendus jusqu’à Les Méchins, près du Parc national de la Gaspésie, à 700 km de Montréal. Après avoir campé derrière un casse-croûte, ils ont repris la route jusqu’à Baie-des-Chaleurs.

oneland web New Brunswick - Baie de Fundy (Moyen)

«C’est au bout du Québec, où il y a peu de touristes, et où voyait de temps en temps cinq ou six petites maisons blanches avec des toits de couleur dans lesquelles les gens vivent simplement, de génération en génération et c’était très émouvant de rouler là», raconte Simon qui a pris conscience dans ce voyage de l’importance de soutenir l’économie locale pour que d’autres puissent visiter ces endroits «incroyables».

Ils ont dormi au bord de l’eau, puis ils ont traversé au Nouveau-Brunswick pour se rendre jusqu’à Moncton. Au camping, ils ont passé la soirée avec deux Américains, dont un avait travaillé dans le transport des œuvres d’art. De «vrais voyageurs» qui en avaient long à raconter.

oneland web PEI - Pont des conféderations (Moyen)C’était ensuite le temps de découvrir l’Île-du-Prince-Édouard, en prenant le pont de la Confédération qui s’étend sur près de 13 km. «C’est fucking long et on ne voyait que de l’eau», se souvient Simon.

Ensuite, c’était des champs de patates à perte de vue.

«On roulait dans les couleurs primaires : l’herbe verte, le ciel bleu et le sable rouge, comme sur Mars.»

En moins de deux, il s’est d’ailleurs retrouvé sur la plage, la roue arrière bien enfoncée dans le sable.

«T’es vraiment trop con», lui a balancé son partenaire de voyage. Ensemble, ils ont mis une heure pour sortir la moto de là. Un arrêt ensuite au magasin Harley pour Simon qui avait besoin d’une pièce. Son ami en a profité pour lui acheter une petite cloche sensée porter chance à installer sur le cadre de sa moto.

oneland web PEI - Sable rouge, bloqués (Moyen)

«Il avait vu que je n’en avais pas et me l’a offerte, raconte Simon, encore ému. Ça faisait cinq jours qu’on se connaissait!»

Ensuite, c’était le temps d’embarquer sur le traversier vers la Nouvelle-Écosse. À Antigonish, une ville universitaire, ils ont trouvé en un camping… et un pub écossais.

oneland web Cabot Trail - Carte postale (Moyen)

«On a commencé à boire, à devenir copain copain avec les barmans, puis on a réalisé qu’il y avait un band live, c’était vraiment un moment incroyable. On a fermé le bar, on est revenu au camping, on s’est allongé dans l’herbe pour regarder les étoiles et on s’est endormi là!»

oneland web Cabot Trail - Juste avant Meat Cove (Moyen)

Le lendemain, il a pris la direction de l’île du Cap-Breton pour enfin atteindre la Cabot trail. Ils ont suivi les indications du local de la station d’essence. «On n’était pas trop sûr d’où on allait, on était vraiment au bout du monde, raconte Simon. On a fini par arriver sur le petit chemin de terre qui nous a menés au camping familial. On a rencontré un couple de Québécois qui nous a prêté une grosse hache pour couper notre bois. On a regardé le coucher de soleil, tout rose, sur le bord de la falaise avec la vue sur l’océan. C’est le genre de truc qui te reste toute la vie. Et le lendemain matin, on a vu des baleines au loin.»

Les deux gars sont rentrés par les États-Unis, et le Mont-Washington, après avoir mangé 4500 km d’asphalte en 11 jours. Ils se sont dit au revoir d’un signe de main à une sortie de l’autoroute. Ils n’ont pas gardé contacts, mais ces moments sont gravés à jamais dans leur mémoire.

oneland web Mont Washington - Vertige (Moyen)

 


Vous avez une histoire à raconter? Des photos à faire rêver? Écrivez-nous: collab@oneland.media

Texte: Martine Letarte
Photos: Collection de Julie Lemay
 

Au début juin l’an dernier, Julie Lemay est partie en direction du Babes Ride Out East Coast à Narrowsburg dans l’État de New York avec sa gang de girls… et les chums qui allaient passer la fin de semaine de leur côté, dans un Airbnb. Les filles d’un bord, les gars de l’autre.

web babes ride out julie lemay oneland (10) (Moyen)

Pour se rendre, elles sont passées par les petites routes pour profiter pleinement des Adirondacks et elles ont dormi à Albany. «Il y a vraiment des rides merveilleuses à faire dans ce coin-là et c’était le fun de prendre notre temps pour s’en venir pour vraiment en profiter parce qu’une fois sur le site, c’est certain qu’on dort mal parce qu’il y en a qui font le party super tard, donc on est fatiguées.»

web babes ride out julie lemay oneland (6) (Moyen)

«C’était la première fois que je faisais du camping en moto et c’était impressionnant d’arriver sur le site où il y avait environ 350 filles du Canada et des États-Unis» – Julie Lemay

Mais, la courte nuit n’a pas empêché les girls de partir le samedi matin découvrir davantage la région. Elles ont opté pour les Catskills Mountains. «La route était sublime, avec de belles courbes et elle longeait une rivière, se souvient-elle. Les points de vue étaient hallucinants.»

Les chums partis se promener de leur côté, ça change la dynamique de groupe. «Entre filles, c’est le fun parce qu’on peut prendre plus notre temps, constate Julie. On arrêtait, on prenait des photos, on jasait, on profitait du moment présent sans avoir le stress de devoir repartir. On est moins compétitives. On n’a pas besoin de montrer qu’on n’est pas fatiguées!»

web babes ride out julie lemay oneland (8) (Moyen)

Elles sont revenues pas trop tard en après-midi pour participer aux activités du Babes Ride Out. «Nous avons rencontré des filles d’un peu partout, dont d’autres du Québec, raconte Julie. Dans ces événements-là, c’est le fun parce que les gens se demandent d’où ils viennent, parlent de moto, mais se foutent de ce que tu fais dans la vie. On est là pour avoir du fun ensemble.»

web babes ride out julie lemay oneland (9) (Moyen)

web babes ride out julie lemay oneland (1) (Moyen)

La moto, après l’est, l’ouest ? 

Après le Babes Ride Out East Coast, qui s’est déroulé sans une goutte de pluie, Julie Lemay et ses girls ont retrouvé leurs chums pour faire toute la route jusqu’à Montréal le dimanche. Elle a tellement aimé l’expérience qu’elle avait prévu cet été faire le même genre de ride en direction du Backroad Ball, au Nouveau-Brunswick. Mais, avec la pandémie, l’événement risque fort d’être annulé. 

web babes ride out julie lemay oneland (5) (Moyen)

Avec la nouvelle moto qu’elle vient d’acquérir, Julie a quand même l’intention de profiter de l’été au maximum en roulant sur les routes du Québec. «En août, je prévois prendre des vacances en Gaspésie avec mon chum : j’ai envie de dépenser mon argent au Québec et il y a plein de belles places à voir.»

web babes ride out julie lemay oneland (11) (Moyen)

Son expérience de la Babes Ride Out lui reste tout de même en tête et depuis, elle rêve de se rendre un jour à celui qui se tient sur la côte ouest américaine.

«C’est dans le désert, dit-elle, visiblement excitée à y penser. J’aimerais vraiment ça y aller, mais c’est une autre logistique. Il faut faire envoyer sa moto, ou en louer une. Ce serait vraiment fou, mais c’est un projet de vacances, pas de fin de semaine!»

web babes ride out julie lemay oneland (4) (Moyen)


Replongez dans nos archives:

10 regards sur le Babes Ride Out
Les filles du Québec au Babes Ride Out
Babes Ride Out, la préparation

Plus d’info sur l’événement, visitez le site officiel Babes Ride Out.

TEXTE ET PHOTOS : ALEXANDRE MÉTIER

Partie 4. Fin de l’aventure d’Alex Métier.

Partie 1 : S’extirper de son quotidien.
Partie 2 : Lâcher prise.
Partie 3 : Tester ses limites.

Mes jambes tremblent, tétanisées par le froid. Je les plaque contre le réservoir pour sentir le plus possible la chaleur du moteur. Je suis parti de Sedona ce matin et après avoir rejoint Flagstaff au nord, je roule sur la Lake Mary Road. C’est le retour vers Phoenix, je boucle la boucle de mon périple. Mais je n’avais pas du tout calculé que cette route est située à plus de 2000 m d’altitude. Le ciel est neigeux, je roule sans m’arrêter au risque de geler sur place. Les poignées chauffantes ne suffiront pas à me donner le goût de prendre des photos malgré ce paysage de montagne fabuleux.

Au détour d’un virage, le pic Humphreys apparaît au loin, à l’autre bout du lac Mormon. Le soleil a réussi une percée qui illumine son sommet enneigé, majestueux. Sans relâcher l’accélérateur, cette image mentale s’est imprimée dans ma mémoire le temps d’un instant. Plus qu’une image, c’est un souvenir sensoriel: le froid, les membres engourdis, la solitude, la beauté du paysage. Je peux m’y replonger instantanément et ressentir exactement toutes ces sensations. De tels souvenirs, j’en ai accumulé quelques uns tout au long de mes dix jours de voyage. Chacun d’eux m’ont apporté leur dose de dépaysement, d’authenticité et de joie profonde. Autant de paysages traversés et de rencontres qui m’ont reconnecté à moi-même, à la vraie vie, à la vie simple. En voici trois qui m’ont marqué.

1. La rencontre avec Bob et Jim

Look de biker pour l’un, vieux hippie pour l’autre. Ils tiennent le garage Arizona Thunder à Bisbee. Des vieilles Harley s’entassent dans leur shop située dans une rue abandonnée, à quelques pas d’une mine à ciel ouvert. La veille j’étais passé à côté, par la rue principale. J’étais passé à côté de l’essentiel. Mais comme tout arrive pour une raison, un problème de chaîne détendue m’a contraint à revenir sur mes pas jusqu’au seul garage moto des environs. Le temps s’est arrêté quelque part dans les années 50 dans cette rue, en témoignent les voitures d’époque fièrement stationnées. Il fait beau et doux. J’éprouve un soulagement d’avoir trouvé ce garage, mêlé à la joie candide de me retrouver dans ce lieu intemporel. Et le plus simplement du monde, Jim me parle des spots à visiter dans les environs pendant que Bob retend ma chaîne, gratos. Je repars avec une casquette Arizona Thunder, le coeur léger et le sentiment que les gens simples et généreux rendent la vie meilleure.

2. Le silence au coeur du parc Chiricahua

Mon manque de planification m’a une fois de plus mené à un camping complet dans ce parc que je ne veux pas manquer. Situé à l’est de l’Arizona, il n’y a pas âme qui vive à moins de 50 km. Ne pas dormir ici, c’est faire l’impasse sur la randonnée que j’ai prévu le lendemain. Amer, je m’offre comme lot de consolation une ride jusqu’au sommet du parc pour admirer la vue sur les monolithes millénaires, seuls maîtres des lieux. En redescendant, je sens une vibe incroyable. Une sérénité palpable transpire de l’imposante présence de ces roches. J’arrive à la sortie du parc et je m’apprête à faire 45 minutes de route jusqu’au motel le plus proche. Mais une fois encore, je refuse de me résigner. Avec le faible réseau que j’arrive à capter, j’identifie un emplacement de camping improbable dans une vallée voisine. Après 6 km de piste bumpy (qui viendra à bout du tail de ma moto), je monte mon bivouac dans un endroit dégagé, autour d’un feu de camp. Le soleil se couche, le ciel est en feu. Et puis plus rien, le vent est tombé, il n’y a pas d’autre bruit que celui de mes acouphènes (note à moi-même: prévoir des bouchons pour les oreilles la prochaine fois). Ce silence assourdissant me plonge dans un état méditatif, en harmonie avec cette nature qui m’accueille. Je suis seul au monde, pas forcément rassuré, mais profondément libre.

3. Le nirvana sur la route 85 au nord d’Ajo

Plus à l’ouest, le temps s’est rafraîchit et j’ai essuyé mes premières averses. J’ai passé la nuit dans un motel pour me réchauffer. Au réveil, je prends la route pour une longue ride qui me mènera à Sedona. L’air est doux, les nuages se dissipent peu à peu et le soleil fait son oeuvre. Le paysage n’est pas particulièrement attrayant dans cette région mais à cet instant précis, l’atmosphère a quelque chose de poétique. La lumière douce du matin prend une teinte rosée, l’odeur de l’humidité et des plantes m’enivre. Je vis pleinement la route et pendant quelques secondes bénies, je me sens profondément heureux. Le voyage est le chemin.

Voyager à moto me fait vivre des sensations uniques que je ne retrouve avec aucun autre moyen de transport. Un pur mélange d’excitation et de liberté exacerbées par la perception des éléments naturels. Les sensations grisantes d’une accélération, la surprise d’un paysage à couper le souffle à la sortie d’un virage anodin ou simplement une ligne droite qui se perd à l’horizon n’auraient pas cette saveur si particulière sans ressentir la force des vents et la fugacité des parfums qu’il transporte, sans ressentir le soleil qui réchauffe le cuir, le froid qui engourdit les membres ou la pluie qui fouette le visage.

Mais rouler à moto, c’est aussi accepter que la moindre chute puisse être fatale. Il arrive que mon esprit se mette à vagabonder en roulant, mais la plupart du temps je me sens vulnérable. Cette prise de conscience me plonge dans un état de vigilance et de concentration qui me connecte intensément au moment présent. Quel paradoxe: c’est en étant le plus vulnérable que je me sens le plus libre et vivant.

Ce premier road trip a été pour moi une révélation: voyager à moto, seul, est avant tout une aventure intérieure dont je suis ressorti reconnecté à moi-même et à mes sensations, l’âme en paix.

Et si un jour nos chemins se croisent, ne m’en voulez pas si je me mets à vous raconter mon voyage. Vous risqueriez d’avoir, vous aussi, envie de vivre l’aventure moto solo.


Ceci conclu l’aventure d’Alex Métier. Pour revenir en arrière et redécouvrir son récit, voici les liens: 

Partie 1 : S’extirper de son quotidien.
Partie 2 : Lâcher prise.
Partie 3 : Tester ses limites.

Vous avez une histoire à raconter? Un roadtrip à partager? Des photos à faire rêver? Écrivez-nous: info@onelandmag.com.
Texte et photos : Alexandre Métier

Suivez les aventures d’Alex Métier, tous les mardis du mois d’avril. Partie 1 : S’extirper de son quotidien. Partie 2 : Lâcher prise.

Le comptoir en bois du Wagon Wheel Saloon situé à Patagonia est usé par les voyageurs égarés et assoiffés qui s’y acoudent. Je ne fais pas exception. Ma monture est garée à l’extérieure. J’ai la bouche pâteuse et l’estomac dans les talons. L’air hagard après des km balayé par le vent, j’attends avec impatience ma pinte de blonde et mon premier burger du voyage.

J’ai quitté Phoenix il y a trois jours et après avoir passé Tucson je suis maintenant à 30 km au nord de la frontière mexicaine. La vallée de Sonoita est une région de cowboys. Je roule dans un décor de western: les ranchs se succèdent, perdus au milieu de prairies vallonnées, des élevages de vaches et de chevaux piétinent une herbe grillée par le soleil, des buissons soufflés par le vent traversent la route en roulant. Si les trucks ont remplacé les chevaux, l’uniforme des cowboys croisés à la station essence n’a pas changé: santiags poussiéreuses aux pieds, blue jeans et gros ceinturon, visages brûlés par le soleil et Stetson enfoncé sur le crâne. Ici, on ne croise pas les regards: ils nous ignorent ou nous dévisagent.

Je pourrais continuer plein Est sur la route 82 jusqu’à Tombstone, étape obligatoire lors d’un roadtrip dans la région. Mais j’ai repéré un terrain de camping au bord d’un lac isolé au Sud lors d’une exploration nocturne sur Google Maps. Hier soir, j’ai dû dormir dans un motel douteux de Tucson, car le camping perdu au milieu des cactus était complet. Alors ce soir, je vais me rattraper et dormir sous les étoiles !

La route qui descend plein Sud sillonne le long d’une rivière. À ma gauche, le massif de Coronado se dessine. J’attendais avec impatience de rouler ici et de découvrir de mes propres yeux le lac Parker Canyon. Cette région isolée porte en elle la promesse d’une solitude ressourçante. Je ne suis pas déçu en découvrant cette oasis de verdure encaissée entre les collines ! Je partage le camping avec trois VR échoués sur les rives de ce lac aux allures de bout du monde. J’ai planté ma tente au pied d’un arbre, vue imprenable sur l’eau. Je viens d’envoyer un message vidéo pour donner des nouvelles à mes deux jeunes garçons. Fin d’après-midi, je bois ma Grolsch assis face au soleil rasant qui semble avoir suspendu sa course. Je m’imagine rester ici plusieurs jours à ne rien faire d’autre que de contempler le paysage. Une autre fois peut être. Je ne vais y passer qu’une nuit car demain j’ai rendez-vous avec l’aventure.

Je pourrais contourner le massif de Coronado par le Sud, mais la tentation de le traverser en empruntant la Sunnyside road est trop forte. 25 km à travers les montagnes: l’idée est aussi excitante qu’effrayante. D’après les images satellites, la route ressemble à une piste de gravel empruntée par des véhicules à quatre roues. Topologiquement, à 36 000 km d’altitude, c’est jouable. Une fois engagé dans le massif montagneux, je n’aurai plus de réseau cellulaire. Je me fais des bad trips depuis que je prépare cette traversée sauvage: la peur de chuter et de me blesser, l’angoisse d’un bris mécanique, l’hostilité de la faune locale… Et puis la jambe gauche de mon jean est tachetée d’huile. Ma moto en perd un peu depuis hier. Mais je préfère ne pas penser à tout cela…

Le soleil se lève sur le lac, chassant une superbe nuit constellée (j’ai pu m’en rendre compte en allant pisser ma bière à la fraîche). Je démonte mon bivouac et charge ma moto. Je quitte le camping encore endormi et prend la Montezuma Canyon road qui trace plein Sud vers le Mexique. Après 3 km, j’arrive à l’intersection avec la Sunnyside road. Je stationne ma moto sur le bord du chemin pour checker une dernière fois l’itinéraire et admirer le paysage. J’hésite une dernière fois et puis non, je dois tenter le coup!

Je remonte en selle, tourne à gauche et m’engage sur la piste qui fait face au massif de Coronado. Ca monte légèrement pendant 500 m avant de descendre sérieusement dans un canyon. La piste n’est plus qu’un pierrier glissant qui s’enfonce de plus en plus. Je me lève et mets tout mon poids vers l’arrière de la moto pour éviter que la roue avant dérape et me fasse chuter. La moto chauffe et je transpire à grosses gouttes sous mon casque. Misère, dans quoi je m’embarque ! J’essaie de garder mon sang froid pour négocier cette descente au ralenti. Ça passe. Fin de la descente, je roule à présent sous les arbres et très vite je fais face à une longue flaque d’eau qui prend toute la largeur du chemin. Impossible de passer sur les côtés. Je me lance et la traverse. Puis une deuxième encore plus grande.

Je n’ai pas fait 2 km sur cette piste que les choses se compliquent un peu plus : je dois maintenant traverser un ruisseau encaissé. Cette fois je m’arrête et je descends à pied pour me rendre compte de la profondeur de l’eau et choisir l’endroit où je vais passer. Ok, là ça devient intense mon affaire. Descendre dans le ruisseau c’est une chose, mais derrière ça remonte fort entre les roches et les ornières. Je me sens pris dans mon propre piège après être descendu dans le canyon et en faisant maintenant face à cet obstacle. Je prends une minute pour me calmer et je décide de tenter le coup malgré tout. Je me lance, les jambes en coton. Je descends doucement vers le ruisseau, le traverse en gardant les yeux fixés vers les roches qui m’attendent de l’autre côté. Et au moment d’aborder la montée, je cale mais j’arrive à maintenir la moto en équilibre de justesse. Je prends un grande respiration, passe la première et j’essaie de remonter mais la roue arrière patine. C’en est trop pour moi, j’abdique.

Je me laisse reculer en marche arrière dans le ruisseau, le coeur qui bat à 100 à l’heure. Je descends de la moto, les deux pieds dans l’eau pour faire demi tour. La pression de l’eau déstabilise la moto mais je parviens à manoeuvrer sans l’échapper. Je remonte dessus et je prends le chemin du retour. Un VTT passe avec quatre types à bord en me regardant d’un air méfiant, l’un d’eux pose sa main sur le revolver accroché à sa ceinture. Le sentiment de ne pas être à ma place…

Je retrouve la Montezuma Canyon road, soulagé. Je suis clairement allé au bout de mes capacités et de ma témérité. L’aventure aime l’humilité.

Mais je reviendrai ici un jour, avec une moto mieux équipée et surtout plus d’expérience en hors route!


Suivez les aventures d’Alex Métier, tous les mardis du mois d’avril. Partie 1 : S’extirper de son quotidien. Partie 2 : Lâcher prise.

 

Texte: Marion Ruel
Photos: Adventure650

Qui nous sommes n’a pas vraiment d’importance on pourrait très bien être un de vos collègues de travail, votre voisin ou, pourquoi pas; vous-même… Ce qui importe, c’est comment on en est arrivés là.  Tout quitter et faire le tour du monde à moto! Ça pour un changement drastique, c’est un changement drastique. Et pour y arriver, bien souvent, tout ce que ça prend c’est un déclic, une épreuve époustouflante qui réveille les âmes avec une grande claque! Petit retour en arrière.

Quand Fort McMurray te pousse à partir

Le matin du 3 mai 2016 dans la ville de Fort McMurray en Alberta, le réveil s’est fait dans l’anxiété. Une des plus grandes catastrophes naturelles allait chambouler notre quotidien. Les feux de forêt furent si voraces que rapidement l’incendie prit le nom de « la Bête ». Elle nous chassa de nos foyers et englouti tout ce qui ce qui se trouvait sur son passage.Moto Adventure650 Oneland episode 1 (2)

Daniel, 37 ans, est pompier et moi, Marion, 34 ans, je travaille dans une école. Il resta à combattre jour et nuit les flammes, tandis que je fus évacuée. C’est à ce moment que les idées se sont bousculées. Un feu qui dévaste de si grands territoires provoque certes la fertilisation des sols, mais, dans la rage, aussi celle de l’âme et des rêves. Quelques mois plus tard quand les cendres sont retombées et qu’on a retrouvé nos postes, que la routine confortablement s’est installés, on a réalisé ce qu’on aurait pu tout perdre. C’est à cet instant qu’on se réveille et on réfléchit à ce qu’un jour furent nos rêves. On se questionne : est-ce possible de vivre des aventures trépidantes? Est-ce égocentrique de simplement y penser?

Adventure650 Moto Oneland

Se sentir en vie, pour une fois

On aimerait tout quitter et se sentir vivant! Et puis cette redoutable et lourde voix de la raison qui nous amarre à nos vies chronométrées, faites de factures à payer et d’achats compulsifs qui nous aident à oublier qu’on est des esclaves du train-train. En réalité on est terrorisés à l’idée du changement. Puis on stresse pour tout et pour rien.

Selon le sondage réalisé pour Le Journal-TVA. La grande majorité (74%) des Québécois croient que nous vivons à une époque plus stressante qu’auparavant. L’argent, la santé et le manque de temps: voilà ce qui les empêche de dormir. Et les rêves d’aventure dans tout ça? Que se passe-t-il dans le cœur des gens? Est-ce un gros caprice général ou une réelle mutation des comportements. Aujourd’hui, on ose s’avouer que l’on n’est pas heureux dans la vie qu’on mène. On réalise beaucoup plus que la vie est courte et on a de moins en moins envie de mourir avec des regrets.Adventure650 Moto Oneland

Et puis merde! On n’a qu’une vie après tout! Alors voilà, on fait le grand saut, on prend une année pour nous. Avec un peu de recherche on trouve à Edmonton une magnifique Suzuki dr650 année 2000. Puis une seconde de 2007 un peu moins bien entretenue près de Red Deer. Daniel passera quelques mois à changer plusieurs pièces, ajuster certaines parties et à ajouter tout ce dont on aura besoin pour ces 12 mois d’aventure à explorer la planète au guidon de nos DR650. On organise le tout, on se concentre sur l’équipement. Et on repousse plusieurs fois la date du départ à quelques mois. Puis on réalise très vite que si on veut partir un jour on devra abandonner l’idée de tout planifier.Moto Adventure650 Oneland episode 1 (2)

Plein gaz: l’aventure moto commence

Le 7 juillet 2018, on ferme la porte de la maison et on enfourche nos bolides. On a à peine eu le temps de tester les motos avec tout le matériel installé, les sacs sont plus lourds et personnellement je n’ai que très peu d’expérience (voir aucune) sur ce type de bécane. Moto Adventure650 Oneland episode 1 (2)

On part avec cette petite inquiétude dans le ventre. Les épaules chargées de tension on s’ajuste tranquillement durant ces premiers 700 km qui nous amènent à Millet en Alberta. Évidemment on se perd sur le chemin, merci au réglage du GPS, on tourne en rond sur environ 205 km. Heureusement que les routes de campagne de l’Alberta sont magnifiques.Moto Adventure650 Oneland episode 1 (2)

Il nous faudra quelques jours pour arriver à Calgary, là dans les hangars d’Air Canada, on attèle les motos solidement comme des chevaux de course, cargaison précieuse que l’on espère récupérer à Paris dans 48 h.Moto Adventure650 Oneland episode 1 (2)

Si faire le tour du monde vous semble chimérique, si ce rêve vous semble inaccessible, et si vous n’imaginez pas un instant qu’un voyage à long ou court terme soit à la portée de tous, croyez-moi sur parole, il n’en est rien. Nous sommes de plus en plus nombreux à sauter le pas et si la plupart d’entre nous y parviennent, pourquoi pas vous ?

“Je suis à l’âge où si l’on ne réalise pas tout de suite ses derniers rêves d’enfant, ils se transforment, l’année d’après, en regrets de vieillard.  » – Philippe Bouvard


On voudrait remercier; The North Face et Seagull pour leurs supports et bien sûr tous les curieux et passionnés d’aventure qui nous encouragent avec leurs commentaires et questions que nous recevons sur la page Facebook d’Adventure650

 

 

 

 

 


Suivez les aventures de Marion et Daniel à travers leurs récits de voyage sur Oneland.

Texte et photos : Alexandre Métier

2 de 4. Suivez les aventures Moto Solo, tous les mardis du mois d’avril. Partie 1 : S’extirper de son quotidien.

Grand ciel bleu, soleil doux, asphalte immaculé: les conditions sont idéales et je roule plein Est sur la route 60. Les centres commerciaux de la banlieue de Phoenix laissent enfin place aux premiers cactus. C’est le sourire jusqu’aux oreilles que je ride cette route qui grimpe et serpente. Les sensations sont grisantes, un dépucelage en bonne et due forme. Je passe un col et à la sortie d’une belle courbe taillée entre les roches je fais soudain face à un panorama grandiose. Première claque visuelle: au milieu d’une vaste plaine aride s’élève un dôme rocheux spectaculaire digne d’un décor de cinéma. Vision irréelle. La route descend tout droit et passe à sa gauche. Je relâche l’accélérateur en le dépassant. C’est haut, c’est beau! Fuck it! Je fais demi-tour, quitte la route et emprunte une piste sablonneuse pour voir ça de plus près. Impossible pour moi de ne pas m’arrêter pour prendre des photos.

C’est ainsi que j’expérimente mon plus grand dilemme en voyageant à moto: rouler sans m’arrêter, vivre la route en tentant d’imprimer mentalement les cartes postales que je traverse; ou briser l’euphorie d’une ride parfaite pour immortaliser ces paysages fabuleux? Rouler ou photographier? L’aventure n’aime pas les compromis.

J’arrive à Miami (l’autre), cité minière sans intérêt… ou presque. En préparant mon voyage, j’ai repéré un emplacement de camping en haut d’une colline, face aux mines à ciel ouvert. Je compte bien y monter mon premier bivouac ce soir.

Mais avant ça, je dois acheter de quoi manger et trouver un Power Pack pour charger mon cell. Premier jour et première galère avec ma moto: la plug électrique ne fonctionne déjà plus. Le GPS fourni par le loueur s’est éteint, plus de batterie. De toute façon, j’ai pas le goût de rouler les yeux rivés sur un écran. Je suis là pour me déconnecter après tout! Il est grand temps de lâcher prise. Dorénavant et pour le reste de mon voyage, je vais naviguer à vue en checkant Google Map de temps en temps.

Il est 15h, il ne me reste que 2 ou 3h avant que ce soleil d’hiver se couche derrière les collines. L’entrée de la piste qui va me mener à mon bivouac est là, quelque part au bout d’une ruelle escarpée.

Jusqu’à présent, rouler sur des routes principales, c’était facile pour un motard débutant comme moi. Maintenant les choses se corsent un peu.

Première ruelle: impasse. C’est raide et poussiéreux, je me laisse aller en marche arrière pour faire demi-tour dans la pente en me concentrant pour garder l’équilibre de la moto. Ne pas l’échapper.

Après ma première suée, je tente ma chance quelques kilomètres plus loin: la piste est juste là, au fond de cette cour privée dans laquelle je viens de m’engager. Après quelques mètres, un redneck sort de chez lui. Je ne sais pas qui de lui ou de son clébard est le plus menaçant. Téméraire, mais pas courageux le garçon… Demi-tour presto! Mais surtout, ne pas échapper la moto.

Deuxième suée. Cette fois je passe en mode vue satellite sur Google Maps pour trouver un ultime moyen de m’aventurer dans les collines avant la nuit. Et la troisième sera la bonne! Cherry Flats road est une ruelle à l’asphalte chaotique qui vire serrée entre les maisons. Il est presque 16h, soleil rasant dans la face et je m’engage sur une piste de gravel. Ça grimpe solide! Mais dans quoi je m’embarque… Je roule en seconde et j’essaie de ne pas me crisper. Pourquoi le serais-je après tout? Je ne suis pas équipé, pas expérimenté et accessoirement pas assuré pour rouler hors route. Alors surtout, surtout, ne pas échapper la moto…

Cherry Flats Campground est en réalité un terrain abandonné qui a depuis été supprimé des points d’intérêt de Google.

L’endroit est un peu glauque, les bouteilles d’alcool éclatées au sol témoignent de soirées mouvementées ici, mais la vue spectaculaire sur les mines est la plus belle des récompenses. L’adrénaline et la fierté de m’être rendu là l’emportent. Le soleil a disparu et le vent se rafraîchit. Je monte mon bivouac avec la sensation d’être le roi du monde, seul au sommet de ma colline. La sensation de liberté est totale. Je pense à ma famille et à mes proches, le coeur léger, ancré dans le moment présent. La nuit sera fraîche, mais il en faudra plus pour stopper l’envie de m’aventurer.

Demain, direction Tucson!


2 de 4. Suivez les aventures d’Alexandre Métier, tous les mardis du mois d’avril. Partie 1 : S’extirper de son quotidien.

 

TEXTE ET PHOTOS : ALEXANDRE MÉTIER

1 de 4. Suivez les aventures Moto Solo, tous les mardis du mois d’avril. 

2h du mat et je n’arrive pas à dormir. Mais qu’est-ce que je fous là. Un train de marchandise fait trembler les murs de ma chambre. Mon avion ayant atterri à Phoenix trop tard ce soir, je me retrouve dans le motel le plus cheap et le plus proche de l’aéroport. Ça sent les draps javellisés et la clope froide. L’aventure n’aime pas le luxe.

J’ai quitté Montréal hier matin : ciel bleu glacial de février, un pied de neige bordant les trottoirs. Je réalise que dans quelques heures je vais m’embarquer dans une aventure qui me dépasse: dix jours de roadtrip moto en solo à travers l’Arizona. Sur papier ça fait rêver, mais… Mais ça fait seulement sept mois que j’ai mon permis et six mois que je me suis cassé la clavicule avec la moto de mon frère en forêt. Un vrai champion… J’en mène pas large.

Et puis il y a trois semaines, je me suis fait virer d’une grande entreprise comme 500 de mes collègues (merci patron). J’ai pris mes billets d’avion il y a 10 jours sur un coup de tête et j’ai loué la dernière moto disponible (une BMW GS 650 pour ceux que ça intéresse). Le loueur devait me fournir l’itinéraire et les points d’intérêts, mais le gars qui gérait ça a quitté la compagnie avec toutes les infos. J’ai donc dû boucler mon itinéraire sur Google Map trois jours avant le départ. J’ai uniquement réservé un motel à Sedona en fin de parcours. Pour le reste, je vais improviser. L’aventure commence avec un plan qu’on ne tiendra pas anyway: no plan is a good plan.

J’ai juste envie de crisser mon camp, prendre la route et rouler tout droit sans me retourner. Juste envie de m’extirper d’un quotidien qui use l’âme. Besoin de perdre mes repères, de me perdre pour mieux me retrouver.

Après une courte nuit, ça y est, je suis devant cette moto inconnue à me demander comment je vais m’y prendre pour y accrocher mon sac à dos. Celui-là est de toutes mes aventures depuis plus de 20 ans. Ses 70L contiennent tout le matériel pour mon voyage: ma tente, mon tapis, mon sleeping, mon réchaud, mes gants et mon casque de moto, ma pharmacie, mon déo, ma brosse à dents, un livre et quelques vêtements (mais pas trop). L’aventure aime la simplicité.

Je suis seul sur le stationnement et le loueur m’observe du coin de l’oeil depuis son bureau. Je vais charger mon stock comme si j’avais fait ca toute ma vie avec le semblant de confiance qu’il me reste à cet instant.

La moto est prête, pas moi.

Je monte dessus, la démarre et programme le GPS pour sortir de Phoenix. C’est parti, direction la ville de Globe, à une centaine de kilomètres à l’Est.

Premières sensations crispé au guidon : le moteur est souple (comme dans «pas nerveux») et le banc est très confortable. Ça va le faire. Je commence à me détendre à mesure que je quitte la ville. Il faudra bien que je m’arrête pour manger et mettre du gaz, mais pour l’instant je profite. Je roule. Je largue les amarres. Le voyage commence !

Je ne le sais pas encore, mais je reviendrai à mon point de départ 10 jours plus tard, reconnecté à moi-même, riche d’aventures et de rencontres inoubliables.


1 de 4. Suivez les aventures Moto Solo d’Alexandre Métier, tous les mardis du mois d’avril.

Cet article est commandité par Ride The Highlands et Ottawa Valley Travel.

Texte: Roxanne Bergeron

J’ai pris la route avec l’équipe de Oneland pour partir à la découverte des hautes-terres, en Ontario. D’abord curieuse d’explorer ce coin de pays jamais visité qui mène vers le Nord, j’ai rapidement constaté que cette région avait tout pour me plaire. De grands espaces et une capacité à transformer une excursion routière en expérience qui va au-delà des souvenirs de courbes incroyables et de paysages époustouflants. Les hautes-terres, c’est avant tout une route de bâtisseurs qui ont fait de cette région un lieu unique pour sa nature imposante et ses nombreux attraits.

La 41 vers Denbigh. Photo : Jake Jones.

ARRIVER À CALABOGIE

Après les quelque 315 km qui séparent Montréal de Calabogie, on stationne nos motos au Calabogie Peaks Resort. Nous sommes attendus par nos hôtes Chris et Mélissa qui nous invitent au restaurant de l’hôtel, le Canthooks, pour l’apéro. Réchauffé par le feu de foyer qui décore le bar, on se lance charmés par l’impressionnante sélection de bières artisanales et locales en fût, une attention non négligeable lorsqu’on découvre une région et qu’on souhaite s’imprégner de la typicité du lieu.

Calabogie Peaks. Photo : Jake Jones.

À table, le chef Mark Jones vient nous rejoindre et nous parle de ses coups de cœur sur le menu. Le choix est difficile, tout à l’air délicieux et on est affamé. Alors on goûte à tout! Pendant le repas, celui qui est aussi le directeur de la restauration et l’apiculteur de l’hôtel, nous explique à quel point il est sensible à l’importance d’acheter localement ses aliments. C’est pour lui une façon d’offrir des produits frais tout en mettant de l’avant le savoir-faire des producteurs et artisans de sa région.

En dégustant un Reunion Moonshine aux pommes de la distillerie Top Shelf, qui donne l’impression de boire de la tarte aux pommes, on fait le bilan de notre repas. Unanimement, gros crush pour les ailes de poulet grillées plutôt que frites et la salade César déconstruite. Tous les ingrédients sont si justement dosés que ça crée une subtilité de saveurs. Cette salade est dans mon top 3 des meilleures à vie.

Canthooks. Photo : Jake Jones.

LES COURBES, LE CAFÉ ET LES COULEURS D’AUTOMNE

Jeudi matin. Avant de prendre la route, on prépare notre journée dans les Hautes-terres. Les cartes sont déployées sur la table et ça discute. Ça débute avec un trajet sur une chaussée humide et une brume dense qui se dissipe en milieu d’avant-midi, juste à temps pour notre arrêt pour un café au Madawaska Kanu Centre, situé sur une toute petite route longeant la rivière Madawaska. Le lieu est reconnu pour ses activités de descente en kayak et rafting. On goûte à la spécialité, un latté à l’érable crémeux fait à partir de grains de café torréfiés localement par la Madawaska Coffee Co. Entre méditation et contemplation, devant la rivière, on a la douce impression d’être encore plus branchés à la nature des Hautes-terres. 

Madawaska Kanu. Photo : Jake Jones.

On reprend la route, la Siberia pour être précis. Grâce à la carte qui présente les trajets planifiés par l’équipe des Hautes-terres en moto, on se fait un itinéraire en direction de Wilno pour s’arrêter à la Wilno Tavern. C’est ce qui est génial avec leurs trajets : tout est super bien indiqué et les distances entre les différentes attractions proposées sont, pour la plupart, courtes. Ça permet de faire plusieurs activités dans une même journée tout en profitant d’une route qui, d’un arrêt à l’autre, est toujours magnifique, sinueuse et peu achalandée.

COMME EN POLOGNE

À la légendaire Wilno Tavern, on est accueilli par un vieux routard sympathique, une légende du coin qui a traversé les É.-U. sur sa vieille Rebel 500 avec sa femme assise derrière. Pour ce repas typiquement polonais, on est entre bonnes mains avec Audry, qui y sert depuis plus de 30 ans the best perogies of the entire world, les meilleurs au monde. On suit le guide et on opte tous pour la Hearty Combo Platter. Saucisse polonaise, choucroute, cigare au chou, un gros pérogie et patates pilées maison. BOOM!

Wilno Tavern. Photo : Chris Hughes.

On combat l’envie de faire une sieste avec un sugar rush. Pudding au pain maison couronné d’un carré de sucre à la crème fondant. C’est un brin décadent, mais on se convainc que le sucre nous fera grand bien!

RENCONTRE SOUTERRAINE

La journée continue en prenant le chemin Opeongo et avant d’atteindre Bonnecheres Caves, on s’arrête pour jeter un coup d’œil au paysage et l’étendue qu’offre Foymount, plus haut point peuplé de l’Ontario situé à 500 mètres au-dessus du niveau de la mer. 

Foymount, la ville habitée la plus élevée de l’Ontario. Photo : Jake Jones.

Prêt pour une nouvelle aventure, c’est maintenant l’heure de descendre sous terre dans les caves fraîches de Bonnechere avec notre guide Chris. On découvre un homme ouvert d’esprit qui a à cœur le bien-être et le développement de sa communauté. Avançant à tâtons dans la galerie souterraine, on rejoint deux musiciens habillés en costume d’époque qui nous attendent en jouant un hymne classique au violon et à la contrebasse. On s’installe alors pour un concert qui durera 30 minutes allant des classiques folks régionaux à la Bastringue de la Bolduc, un des moments les plus improbables de notre aventure! Le propriétaire, Chris, explique qu’il organise des repas gastronomiques et des concerts dans les caves. Ces soirées affichent complet en quelques jours seulement.

GO REDNECK, OR GO HOME!

On fait le calcul et on conclut qu’on croise plus de dindes sauvages que de voitures sur la route du retour vers notre condo au Calabogie Peaks Resort. Pour clôturer la journée, on opte pour le Redneck Bistro. En plus d’offrir les classiques comme des fish and chips, steaks et autres burgers, le Redneck Bistro est axé sur une cuisine réconfortante de style Southern Cooking. C’est parfait parce qu’on a justement grand besoin de chaleur. Avec la grande sélection de bières de micro-brasseries locales, ainsi qu’une sélection de cocktails et de vins, la chaleur viendra rapidement. Le décor s’inscrit parfaitement dans le style rustique moderne et je suis encore épatée par le nombre de bouquets de fleurs fraîches disposés un peu partout. Ça peut sembler banal, mais on saisit tout le love que la proprio met à préparer ces bouquets pour agrémenter les lieux. Et du love, il n’y en a jamais trop dans un resto. Les Hautes-terres ont définitivement tout pour plaire aux motards que nous sommes.  

Redneck Bistro. Photo : Chris Hughes.

Question de vous familiariser avec la culture gastronomique anglo-saxonne, je me dois de vous faire quelques précisions. Première constatation, les Anglais ont tendance à manger les viandes et poissons beaucoup plus cuits que nous. Si vous voulez un steak médium/saignant, je vous invite à le commander saignant. Deuxième constatation, le degré de tolérance au piquant est vraiment relatif. Pour ne pas se retrouver avec un Bloody César qui arrache les amygdales à chaque gorgée, je suggère de répondre NON quand la serveuse te demande si on le veut hot, quitte à rajouter quelques gouttes de tabasco pour combler le besoin de feu intérieur. C’est toujours plus simple d’en ajouter que d’en enlever quand on parle de spicyness

AU-DESSOUS DE ZÉRO

Dernière journée sur la route et conscients du froid annoncé pour notre dernière sortie, on décide de modifier l’itinéraire prévu pour rouler au soleil le plus longtemps possible. On prend le temps de bien déjeuner avant d’embarquer sur nos machines aux sièges couverts de givre. Ce que j’ai adoré ce matin-là, c’est de constater que malgré l’envie de profiter au maximum des Hautes-terres, on s’entend tous sur l’idée de respecter les limites personnelles. Tout le monde n’a pas la même tolérance et expérience à rouler dans ce genre de conditions et j’ai senti que le bien-être de tout un chacun était primordial. C’est génial de rouler avec des gens qui comprennent ça. Le flow est vraiment bon entre nous.

Opeongo Road. Photo : Jake Jones.

Notre hôte, Chris, nous avait parlé d’un lieu reconnu pour ses brioches à la cannelle. Ce sera notre premier arrêt de la journée. Situé sur la rue principale de Pakenham, le Pakenham General Store est à la fois une boutique, une épicerie, une galerie d’art et une boulangerie. On y retrouve des décadents sticky buns, des tartes et des sandwichs. Chris avait raison, ce magasin général sent la maison de grand-maman qui cuisine des pumpkins pies et avec le froid qu’il fait dehors, c’est franchement réconfortant. Ce moment sonne l’avant-dernier arrêt avant de repartir vers Montréal et une forme de nostalgie plane sur nos sourires sucrés de motards.

Pakenham General Store. Photo : Jake Jones.

De là, on prend le traversier pour se rendre à Quyon au Québec. Encore quelques kilomètres avant d’arriver au Coronation Hall Ciders Mills pour visiter la cidrerie avec la propriétaire qui nous raconte son histoire, sa famille, bref comment elle est tombée dans les pommes.

Devant une tarte chaude aux pommes et un cidre de pomme, lui aussi chaud juste à point, ce moment marque la fin de notre périple dans les Hautes-terres. En plus de nous surprendre par ses nombreux attraits, de nous charmer par son hospitalité et ses routes uniques, ce séjour dans les Hautes-terres nous a rappelé qu’on a beaucoup à apprendre de nos voisins en ce qui a trait au tourisme motorisé. Une région à découvrir pour tous les amateurs de grands espaces, de quiétude et de convivialité!

Centennial Lake Road. Photo : Jake Jones.

Planifiez-dès maintenant votre projet voyage dans les Hautes-Terres. Visitez le site Ride The Highlands.


Encore plus pour les yeux! Parcourez la galerie photo du voyage Ride The Highlands sur Oneland.